LA VOIX DE LA SAGESSE PREMIER CYCLE
PREMIÈRE PARTIE
I
La sagesse est une source de vie pour celui qui la possède ; et le châtiment des insensés, c'est leur folie.
II
La voie morale du sage peut être comparée au chemin de celui qui gravit une montagne en partant de la plaine.
III
Personne ne peut nous rendre mauvais si nous voulons être bons.
IV
Les fous qui connaissent leur folie sont sages jusqu'à un certain point. Mais le fou qui se croit sage, celui-là est vraiment un fou.
V
Celui qui est libre et heureux, là où il se trouve, connaît déjà le ciel.
VI
Toute supériorité est un principe isolant et qui force à choisir non seulement ses amitiés mais ses relations.
VII
Toutes les fois qu'il t'arrive de plaire aux sots, à quelque degré que ce soit, sache bien que tu es tombé par quelque côté dans la vulgarité et la niaiserie.
VIII
Si une chose t'est difficile à toi, ne suppose pas qu'elle est impossible à l'homme. Mais si une chose est propre et possible à l'homme, pense qu'elle t'est accessible à toi aussi.
IX
La grandeur des actions humaines se mesure à l'inspiration qui les fait naître.
X
L'homme supérieur perfectionne ou développe les bonnes qualités des autres hommes; il ne perfectionne pas et ne développe pas leurs mauvais penchants. L'homme vulgaire est l'opposé.
XI
Qui peut prétendre que le soleil est au plein midi si aucun rayon lumineux ne réjouit la contrée, si aucune chaleur ne vivifie les plantes ? Si la sagesse n'améliore pas les hommes et si l'amour ne les rend pas plus heureux, il ne s'est encore fait que bien peu de chose pour le Tout.
XII
Quiconque éteint dans l'homme un sentiment de bienveillance le tue partiellement.
XIII
Les paroles que l'on croit ne sont pas les bonnes; les paroles bonnes ne sont pas crues. Ce qui est bien n'est pas retenu; on retient ce qui n'est pas bien. La science ne se transmet pas; on transmet ce qui n'est pas la science.
XIV
Lorsqu'on a mal fait, il faut mieux faire; lorsqu'on a perdu un bien, il faut travailler pour en acquérir un autre; lorsqu'on a provoqué une souffrance, il faut l'endurer sans se plaindre; mais il ne faut jamais rien regretter. Ce qui est fait est fait, et ce qu'on a perdu on a eu le bonheur de le posséder.
XV
Mieux vaut un morceau de pain sec et la paix, qu'une maison pleine de viandes... et des querelles.
XVI
L'homme heureux c'est celui qui se donne à lui-même une bonne destinée; et une bonne destinée ce sont de bonnes dispositions, de bonnes actions, de bonnes tendances.
XVII
Lorsqu'on a pénétré et approfondi les principes des actions, les connaissances morales parviennent à leur dernier degré de perfection. Les connaissances morales étant parvenues à leur dernier degré de perfection, les intentions sont ensuite rendues pures et sincères. Les intentions étant rendues
pures et sincères, l'âme se pénètre ensuite de probité et de droiture. L'âme étant pénétrée de probité et de droiture, la personne est ensuite corrigée et améliorée. La personne étant corrigée et améliorée, la famille est ensuite bien dirigée. La famille étant bien dirigée, le royaume est ensuite bien gouverné. Le royaume étant bien gouverné, le monde jouit de la paix et de la bonne harmonie.
XVIII
La sagesse est meilleure que les perles, et tout ce qu'on saurait souhaiter ne la vaut pas.
DEUXIÈME PARTIE
I
Il y a un jugement terrible prononcé sur l'espèce humaine, et voici ce jugement :
Les hommes ne peuvent pas devenir heureux tant qu'ils ne seront pas sages.
II
Depuis l'homme le plus élevé en dignité jusqu'au plus humble et au plus obscur, le devoir est égal pour tous : corriger et améliorer sa personne, ou se perfectionner soi-même, est la base fondamentale de tout progrès et de tout développement moral.
III
Sache que la science s'obtient en honorant, en interrogeant, en servant les sages; ces sages qui voient la vérité sont ceux qui t'enseigneront la science.
IV
L'homme supérieur ne demande rien qu'à lui-même; l'homme vulgaire et sans mérites demande
tout aux autres.
V
Souviens toi sans cesse que tu es homme, que la nature humaine est fragile, que tu peux succomber, et tu ne succomberas jamais.
VI
Que celui qui veut savoir les secrets sache d'abord garder secrètement les secrets; qu'en scellant, il scelle.
VII
L'homme devrait agir comme s'il pouvait tout et se résigner comme s'il ne pouvait rien.
VIII
Ce ne sont pas les méchants qu'il faut haïr, c'est la méchanceté.
IX
Donner à manger à un seul homme de bien est infiniment plus méritoire que de s'occuper aux questions sur le ciel et la, terre, les esprits et les démons, qui occupent ordinairement les hommes.
X
II faut, vis-à-vis des violents, parler ainsi : je ne veux pas être le chef, mais l'étranger; je n'ose ni monter d'un pouce, ni descendre d'un pied. Ainsi, commander sans paraître commander; ne pas disputer; gagner sans violence. Il faut commencer une chose sans éclat et doucement. Commencer doucement, c'est le mécanisme qui est notre trésor; celui qui agit ainsi est plus fort que les armées. Beaucoup penser donne le succès.
XI
Nous ne pouvons nous flatter d'avoir compris une vérité que lorsqu'il nous est impossible de ne pas y conformer notre vie.
XII
Ce que peut la vertu d'un homme ne doit pas se mesurer par ses efforts, mais par son ordinaire.
XIII
Il faut être droit, et non redressé.
XIV
C'est par le gouvernement et l'éducation de lui-même que l'homme est grand.
XV
Le plus grand bonheur auquel puisse atteindre l'homme sur terre, c'est d'avoir une noble affection au coeur et une puissante occupation de l'esprit.
XVI
Le plus haut phénomène de l'amour, c'est l'intronisation de la paix dans deux âmes. Aimer, c'est s'épanouir en autrui qui s'épanouit en vous.
XVII
Ceux qui vivent dans la même pensée et dans le même amour ne peuvent jamais être séparés.
XVIII
L'amour seul peut enchaîner l'une à l'autre deux âmes libres, et l'homme qui retient captive la femme qui ne l'aime pas attache une vipère sur son coeur.
XIX
La femme symbolique est toute divine parce qu'elle est tout amour; elle n'a pas de responsabilité personnelle; son salut, c'est d'aimer, et elle accompagne celui qu'elle aime soit dans le ciel, soit dans l'enfer.
XX
Partout où les femmes sont honorées, les divinités sont satisfaites ; mais lorsqu'on ne les honore pas, tous les actes pieux sont stériles.
XXI
La femme est une fleur qui ne donne son parfum qu'à l'ombre.
XXII
Les maris doivent aimer leurs femmes comme leur propre corps. Celui qui aime sa femme s'aime lui-même. C'est pourquoi l'homme quittera son père et sa mère pour s'attacher à sa femme, et les deux seront une seule chair.
XXIII
Dans toute famille où le mari se plaît avec sa femme et la femme avec son mari, le bonheur est assuré pour jamais.
XXIV
Une femme qui aime la paix donnera le bonheur à sa famille.
XXV
Si un mariage dans l'esprit est chaste et tient de la sainteté du mariage, il est chaste aussi quand il est à son complet dans le corps; et pareillement, si un mariage dans l'esprit est inchaste, il est inchaste aussi dans le corps.
XXVI
L'obscénité est un blasphème contre la vie.
XXVII
Les animaux sont mâles et femelles et s'accouplent au hasard; tout homme qui change de femme est un animal; toute femme qui admet plusieurs hommes est une femelle.
XXVIII
Une famille divisée, c'est une nichée de singes ou de serpents.
X XIX
Quand un être que vous prétendez aimer ne vous aime pas, c'est que vous ne savez pas l'aimer.
XXX
Plus nous exigeons des autres, moins ils nous doivent.
XXXI
Malheur à celui qui est seul, parce qu'étant tombé il n'aura personne pour le relever.
XXXII
Il ne faut point s'attacher aux êtres qui peuvent mourir, mais à leurs qualités immortelles.
XXXIII
Deux esprits peuvent se rencontrer; il n'y a que les coeurs qui se pénètrent.
XXXIV
Celui qui mène l'homme à Dieu, quel que soit le chemin, est la plus noble des créatures. Celui qui éloigne l'homme de Dieu, quel que soit le motif, est la plus infâme des créatures.
XXXV
Pour le salut du monde, je m'en remettrai avec confiance au Créateur du monde, et je m'occuperai un peu de mon propre salut, pour lequel je suis plus compétent.
XXXVI
Tous les vrais hommes qui vivent ou qui ont jamais vécu sont des soldats de la, même armée, enrôlés sous la capitainerie du Ciel, pour livrer bataille au même ennemi, l'empire des Ténèbres et du Mal. Pourquoi nous méconnaîtrions nous l'un l'autre, combattrions nous non contre l'ennemi, mais contre nous-mêmes, pour la simple différence d'uniformes ? Tous les uniformes sont bons, pourvu qu'ils contiennent de vrais vaillants hommes.
XXXVII
On ne se mettrait peut-être jamais en colère contre quelqu'un si on connaissait d'avance le jour où il ne sera plus qu'une poignée de poussière.
XXXVIII
L'homme qui se plaint d'une ingratitude ne doit s'en prendre qu'à lui-même, car il n'a pas su se rendre utile puisqu'il n'a pas su se faire aimer.
XXXIX
Il faut être fou pour discuter avec un fou ; chercher à le convaincre, c'est vouloir blanchir un nègre; on ne persuade jamais ceux qui ne veulent pas être persuadés. Il y a des gens assez naïfs pour croire qu'on va les écouter parce qu'ils diront la vérité, comme si les hommes s'éloignaient de la vérité seulement par ignorance, et non par mauvaise volonté. Toutes les vérités sont connues et dédaignées. La vérité ennuie les hommes; il faut des mensonges pour leur plaire et les amuser. Il faut dire aux fous les mensonges qui leur plaisent et non les vérités qui les irritent.
XL
Quiconque hait son frère est un meurtrier.
XLI
Les hommes mêmes qui passent pour s'occuper spécialement de philosophie, ressemblent presque toujours à ces enfants qui jouent à se proposer entre eux des énigmes, et qui s'empressent de mettre hors du jeu celui qui sait le mot d'avance, de peur
que celui-là ne les empêche de jouer, en ôtant tout son intérêt à l'embarras de leurs questions.
XLII
Pour bien jouir des avantages de la, société, il faut apprendre à vivre seul, et pour n'avoir jamais à se plaindre trop amèrement des hommes, il faut savoir se passer d'eux. Il faut mettre sa joie dans ce qu'on donne et non dans ce qu'on reçoit des autres. Disposé à donner tout, il faut tout accepter, mais il ne faut jamais rien exiger ni attendre.
XLIII
Une chaîne de fer est plus facile à briser qu'une chaîne de fleurs.
XLIV
Conserver sa raison au milieu des fous, sa foi au milieu des superstitions, sa dignité au milieu des caractères amoindris, et son indépendance au milieu des moutons de Panurge, c'est, de tous, le miracle le plus rare, le plus beau et aussi le plus difficile à accomplir.
XLV
Pour être en paix avec tout le monde, il faut cacher sa vie et réserver ses pensées, n'avoir pas trop d'esprit devant les sots, ni trop de raison devant les hommes passionnés; il faut de plus s'armer d'une patience à toute épreuve.
XLVI
Les mauvaises compagnies corrompent les bonnes moeurs.
XLVII
Le plus court chemin pour disposer les hommes au bien est de les attirer par l'exemple de ceux qui les gouvernent.
XLVIII
Si l'on choisit des sages pour gouverner dans le monde, on peut espérer que les peuples seront heureux; si l'on choisit des téméraires ou des imprudents, la ruine des États s'ensuivra infailliblement.
XLIX
C'est une marche fausse que de chercher le bien en faisant le mal. Un système qui veut qu'on fasse souffrir d'autres êtres n'est pas un système religieux.
L
L'humanité n'a qu'un corps et qu'une âme ; elle vit partout où elle se sent travailler et souffrir. Or, un membre qui n'est plus sensible au bien-être ou à la douleur des autres membres est mort et doit être bientôt retranché.
LI
Ce qui n'est pas utile à l'essaim n'est pas utile à l'abeille.
TROISIÈME PARTIE
I
Qui creuse une fosse y tombera, et la pierre retournera sur celui qui la roule.
II
Il n'y a pas un endroit sur la terre, ni dans le ciel, ni dans la mer, ni dans les précipices de la montagne, où une mauvaise action n'apporte pas le trouble à son auteur.
III
Prends garde de ne promettre que ce qui est juste, car ta promesse est un lien, et si tu ne l'exécutes pas, une condamnation.
IV
Celui qui apporte le papyrus et le pinceau pour écrire un arrêt de mort est complice de cette mort; celui qui donne le bâton pour frapper est jugé comme s'il frappait.
V
Le bien qu'on fait la veille fait le bonheur du lendemain.
VI
Ce qu'un homme aura semé, il le moissonnera aussi. Celui qui sème pour sa chair moissonnera de la chair, la corruption; mais celui qui sème pour l'esprit moissonnera de l'esprit, la vie éternelle.
VII
Comme la justice tend à la vie, celui qui poursuit le mal tend à sa mort.
VIII
Quiconque commet, de propos délibéré, une mauvaise action donne des arrhes à la destruction éternelle, et ne peut prévoir d'avance où ce marché funeste le conduira.
IX
Parce que la sentence contre les mauvaises oeuvres ne s'exécute pas immédiatement, le coeur des fils des hommes est plein d'envie de faire le mal.
X
Chaque fois que l'homme approuve mentalement un acte ou une idée, il s'y associe et participe dès lors au jugement éternel que mérite cet acte ou cette idée.
XI
Le sage cherche la cause de ses malheurs en lumière, mais le fou, qui s'ignore, la cherche partout ailleurs.
XII
Plus la conception qui domine une vie est élevée, mieux cette vie revêt un sens durable. Mais tout être devient solidaire des formules qu'il adopte, et le succès dépend non seulement de son zèle mais aussi de la vie abstraite des idées qu'il incarne.
XIII
Pour être obéi, il faut prouver sa supériorité. Un diable n'écoute que celui qu'il n'a jamais pu troubler.
XIV
Quand une mauvaise action a été commise, il faut commettre une bonne action au moins équivalente ; celui qui a causé au prochain un dommage lui doit un avantage ; celui qui a témoigné trois fois pour l'erreur, doit témoigner sept fois pour la vérité.
XV
Tout ce qui livre notre âme à la fatalité des vertiges est vraiment infernal, puisque le Ciel est le règne éternel de l'ordre, de l'intelligence et de la liberté.
XVI
La liberté, c'est l'obéissance volontaire à la loi, c'est le droit de faire son devoir, et seuls les hommes raisonnables et justes sont libres.
XVII
Celui qui estime plus l'or que la vertu perdra l'or et la vertu.
XVIII
Dans la nature, tout se conserve par l'équilibre et se renouvelle par le mouvement. L'équilibre, c'est l'ordre; et le mouvement, c'est le progrès.
XIX
L'homme recueillera, dans ses renaissances successives, le prix de ce qu'il aura semé. II n'est pas un acte, pas un instant de son existence actuelle qui ne prépare son sort futur. Il sera ce qu'il se sera fait lui-même.
XX
Nous n'emportons de cette vie que la perfection que nous avons donnée à notre âme.
XXI
Tous les éléments sont déchaînés contre nous : à peine ont ils produit notre forme corporelle qu'ils travaillent tous à la dissoudre, en rappelant continuellement à eux les principes de vie qu'ils nous ont donnés. Nous n'existons que pour nous défendre contre les assauts, et nous sommes comme des infirmes abandonnés et réduits à panser perpétuellement leurs blessures. Que sont nos édifices, nos vêtements, nos serviteurs, nos aliments, sinon autant d'indices de notre faiblesse et de notre impuissance ? Enfin il n'y a pour nos corps que deux états : le dépérissement ou la mort ; s'ils ne s'altèrent ils sont dans le néant.
XXII
L'homme qui meurt est un astre couchant qui se lève plus radieux sur un autre hémisphère.
XXIII
Le corps est une triste demeure pour l'âme cette maison délabrée menace toujours ruine; on voit bien que nous n'en sommes que les occupateurs à titre précaire.
XXIV
La mort suit immédiatement la naissance et la. renaissance suit immanquablement la mort.
XXV
Qu'est-ce que la mort ? Si on la considère en elle seule, et si par une abstraction de la pensée, on la sépare des fantômes que nous y ajoutons, il reste que c'est seulement une opération de la Nature ; et celui qui a peur d'une opération de la Nature est un enfant.
XXVI
Ce qui rampe aujourd'hui peut voler demain.
XXVII
Toute destruction n'est qu'une nouvelle création sur une plus vaste échelle ; toute mort n'est que du corps, non de l'âme.
XXVIII
L'enfant qui se trouve bien dans les bras de sa mère pleure quand elle le pose à terre pour le faire marcher. C'est ainsi que nous nous plaignons dans les épreuves de la vie. Puis, quand animé et tenu en éveil par les jeux du soir, l'enfant refuse de se livrer au sommeil, sa mère qui sait mieux que lui ce qu'il lui faut, le déshabille et le pose dans son berceau malgré ses larmes. C'est ainsi que nous luttons contre la Nature dans l'appréhension de ce que nous nommons la mort. Mais quand sonne l'heure du repos, la Nature nous couche et le sommeil vient.
XXIX
Il faut toujours considérer les choses humaines comme éphémères et sans valeur ; hier germe, aujourd'hui cadavre embaumé et cendres. Il convient donc de passer cet infini moment de la durée selon la nature et de finir sa vie avec sérénité comme une olive mûre qui tomberait, bénissant la terre qui l'a nourrie et rendant grâces à l'arbre qui l'a portée.
XXX
Ce que l'homme appelle un mystère n'est que l'effet de son ignorance.
XXXI
Toute notre vie n'est qu'une succession de craintes injustifiées.
XXXII
Les systèmes qui se heurtent maintenant sont les rêves du crépuscule. Laissons-les passer. Le soleil luit et la terre poursuit sa marche : insensé celui qui douterait du jour.
XXXIII
La vérité est comme la lumière. Il faut s'y habituer peu à peu, autrement elle éblouit.
XXXIV
Il y a unité dans la nature depuis l'atome jusqu'à l'homme.
XXXV
La Nature ne va pas par sauts et par bonds; elle passe d'un degré à un autre degré par des transitions insensibles.
XXXVI
Le monde est une épreuve où l'homme doit travailler à se rapprocher de Dieu par le sentiment de l'ordre providentiel et l'amour des autres créatures.
XXXVII
Nous devons nous rappeler quel arbitre est la Nature, quelle grandeur composée de profondeur et de tolérance est en elle. Vous prenez du froment pour le jeter dans le sein de la Terre : votre froment peut être mélangé de balle, de paille hachée, de balayures de grange, de poussière et de tous les rebuts imaginables, peu importe : vous le jetez dans la bonne et juste Terre ; elle fait pousser le froment. Tous les rebuts elle les absorbe silencieusement, les ensevelit; elle ne dit rien des rebus. Le froment jaune est là qui croît, la bonne Terre est silencieuse sur tout le reste ; elle a silencieusement tiré parti de tout le reste aussi, et elle ne fait aucune plainte à ce sujet. Ainsi en est-il partout dans la. Nature.
XXXVIII
Il faut prendre garde au commencement et à la fin des choses. Un arbre, qu'un homme étreindrait à peine, a pour racine un cheveu fin ; une tour de neuf étages a commencé par une poignée de terre.
XXXIX
Traiter légèrement ce qui est le principal et gravement ce qui n'est que secondaire est une méthode d'agir qu'il ne faut jamais suivre.
XL
Il y a un temps pour naître et un temps pour mourir ; un temps pour planter et un temps pour arracher ; un temps pour tuer et un temps pour guérir; un temps pour pleurer et un temps pour rire ; un temps pour embrasser et un temps pour s'éloigner des embrassements ; un temps pour acquérir et un temps pour laisser perdre ; un temps pour se taire et un temps pour parler ; un temps pour la paix et un temps pour la guerre.