LA VOIX DE LA SAGESSE DEUXIÈME CYCLE

Publié le par LA LUMIERE

 

PREMIÈRE PARTIE

I

  L'initiation exige d'austères épreuves. Etes-vous courageux ? Consentez-vous au silence et à la solitude ? Consentez-vous, au sein de votre liberté, à un travail plus profond, mais aussi régulier que le travail forcé du collège, ce travail que les hommes imposent aux enfants, mais non pas à eux-mêmes ? Consentez-vous, dans cette voie rude, à voir vos égaux, par une voie facile, vous dépasser dans la carrière et prendre votre place dans le monde ? Pouvez-vous tout sacrifier sans exception, à la justice et à la vérité ? Alors, écoutez.

II

  Efface sur ton calendrier les jours où tu n'as pas conscience d'avoir participé, par un geste quelconque, à la grande oeuvre divine sur terre : ils ne comptent pas.

III

  La sincérité, une, profonde, grande, ingénue sincérité, est le premier caractère de tous les hommes qui sont, d'une façon quelconque, héroïques.

IV

  Il est meilleur d'être simple que de connaître beaucoup de mystères.

V

  Un homme n'est pas fort qui prend des accès de convulsions, bien que six hommes ne puissent le tenir alors. Celui. qui peut avancer sous le poids le plus lourd sans chanceler, voilà l'homme fort.

VI

  La vraie grandeur est celle de l'homme qui remplit sa tâche sans se préoccuper de son personnage, ni du bruit, ni des regards, fort du devoir accompli et de sa confiance en la Providence.

VII

  Quand tu auras renoncé à te demander : « De quoi vivrai-je et de quoi jouirai-je aujourd'hui » ? et que tu te préoccuperas uniquement de savoir quel bien tu peux faire dans le moment présent, tu seras plus satisfait de ce monde. Car alors seulement tu sauras ce que c'est que vivre.

VIII

  Si on te dit que pour devenir un sage tu dois cesser d'aimer tous les êtres, réponds à ceux-ci qu'ils mentent. Si on te dit que pour gagner la délivrance tu dois haïr ta mère et te détourner de ton fils, désavouer ton père, renoncer à toute pitié pour l'homme et pour la bête, réponds à ceux-ci que leur langue est fausse.

IX

  Qui sait ne parle pas. Qui parle ne sait pas. Le sage clôt sa bouche ; il ferme ses yeux ; il ouvre son coeur ; il assemble ses lumières intérieures tout en se mêlant au vulgaire extérieur. Il est alors bien profond. Il ne se soucie ni d'amis ni d'ennemis ; il dédaigne à la fois les avantages et les pertes, les honneurs et les disgrâces. Son exemple fait du bien à tous les hommes.

X

  Si, même sur les choses communes, nous exigeons qu'un homme garde ses doutes en silence et n'en bavarde pas, jusqu'à ce qu'en quelque mesure ils deviennent affirmation ou négation, combien plus encore, pour ce qui regarde les plus hautes choses, absolument impossibles à exprimer en paroles ! Qu'un homme fasse parade de son doute et arrive à s'imaginer que le débat et la logique est le triomphe et la vraie oeuvre de ce qu'il y a d'intelligence : hélas ! ceci c'est comme si vous retourniez l'arbre, et au lieu des verts rameaux, des feuilles et des fruits, vous nous montriez les vilaines griffes des racines retournées en l'air.

XI

  Les sages ne pleurent ni les vivants ni les morts.

XII

  L'homme qui rougit de porter de mauvais vêtements et de se nourrir d'aliments grossiers n'est pas encore prêt à entendre la sainte parole de la justice.

XIII

  Les sages fuient le siècle.

XIV

  L'homme animal ne conçoit pas ce qui est de l'esprit.

XV

  L'enfer sur la terre consiste à n'avoir ni force ni envie d'accomplir le bien et à ne pas même voir ce qu'il y aurait à faire autour de nous.

XVI

  Toutes les fois que tu veux te donner de la joie, considère les mérites de ceux qui vivent avec toi : l'activité de l'un, la modestie de l'autre, la générosité d'un troisième. Rien n'apporte autant de joie que l'image des vertus qui éclatent dans les moeurs de ceux qui vivent avec nous.

XVII

  L'homme qui prend la vie au sérieux et emploie son activité à la poursuite d'une fin généreuse, voilà l'homme religieux. L'homme frivole, superficiel, sans haute moralité, voilà l'impie.

XVIII

  La puissance de l'homme sur la nature dépend de sa puissance sur lui-même ; il pourra dans le macrocosme suivant ce qu'il aura pu dans le microcosme. L'art de commander à la matière consiste à s'affranchir de son joug. Le continent, le tempérant, le travailleur et le bienveillant n'ont que faire d'autres conjurations.

XIX

  Si l'homme intérieur n'a pas atteint le degré de rectitude nécessaire, l'homme extérieur ne peut produire que des actions déréglées.

XX

  Le sage n'a pas d'affections particulières ; l'humanité est son affection. Qui est bon, dit-il, je suis bon avec lui ; qui n'est pas bon, je suis bon quand même : voilà la vraie bonté. Qui est sincère, je suis sincère avec lui ; qui n'est pas sincère, je suis sincère quand même : voilà la vraie sincérité.

XXI

  Le sage suit la voie naturelle que le Ciel et la Nature lui enseignent. Il ne faut point se proposer de vertus extraordinaires, sans utilité pratique, aspirer à l'impossible, ni demander plus que la condition humaine ne peut comporter. Il ne faut point rechercher les phénomènes surnaturels et miraculeux, ni vouloir se faire une réputation parmi les hommes au moyen de prestiges.

XXII

  L'homme probe agit sans mal faire, parle sans mentir, explique sans exagérer; tandis que l'homme qui sait fermer, si fort qu'il soit, ne sait pas ouvrir, et que l'homme qui sait attacher ne sait pas délier.

XXIII

  Le sage ne craint pas, car rien ne peut lui nuire. Il ne s'attriste point, car la tristesse est inutile, ce qui est une fois ne pouvant pas n'avoir pas été. Tout arrivant par la permission du Ciel, il n'a pas de raison pour désapprouver un événement plutôt qu'un autre, alors qu'il n'en connaît pas les suites et ne saurait juger du bien ou du mal qui en résultent. Il sait enfin que la Providence céleste en juge mieux que lui, et lui destine toujours ce qui lui convient le mieux.

XXIV

  L'homme supérieur a trois apparences changeantes. Si on je considère de loin, il paraît grave et austère. Si on approche de lui, il paraît doux et affable. Si on entend ses paroles, il paraît sévère et rigide.

XXV

  Le chemin des hommes droits, c'est d'éviter le mal ; celui qui garde son âme veille sur sa voie.

XXVI

  L'égoïste dévot vit sans but. L'homme qui n'accomplit pas la tâche à lui échue dans la vie a vécu en vain.

XXVII

   Le sage ne se hâte ni dans ses études ni dans ses paroles ; il ne connaît la hâte que pour faire une bonne action.

XXVIII

   Dans un instant tu seras mort, et tu n'es encore ni simple, ni calme, ni délivré de l'erreur que les choses du dehors peuvent te nuire, ni bienveillant pour tous, ni convaincu que la sagesse consiste seulement à agit avec justice.

XXIX

   Celui-là est vraiment sage qui juge les choses suivant ce qu'elles sont, et non suivant le récit et l'estime que les hommes en font ; et sa science vient plus de Dieu que des hommes.

XXX

   Il faut un certain enthousiasme pour traverser dignement la vie et pour ne pas perdre de vue au milieu des soins ordinaires de sa conservation, le grand but auquel elle doit servir, sous peine d'être une vie manquée.

XXXI

   Plus la volonté surmonte d'obstacles, plus elle est forte.

XXXII

   On ne peut s'appuyer que sur ce qui résiste.

XXXIII

   Un homme vit en croyant quelque chose, non en débattant et argumentant sur beaucoup de choses.

XXXIV

   Au moyen du zèle, de la vigilance, de la paix de l'âme et de l'empire sur soi-même, le sage peut se faire une île que les flots n'inondent pas.

XXXV

   Quand l'homme renonce à tous les désirs qui pénètrent les coeurs, quand il est heureux avec lui-même, alors il est dit ferme en la sagesse. Quand il est inébranlable dans les revers, exempt de joie dans les succès, quand il a chassé les amours, les terreurs, la colère, il est dit alors solitaire ferme en la sagesse. Si d'aucun point il n'est affecté, ni des biens, ni des maux, s'il ne se réjouit ni ne se fâche, en lui la sagesse est affermie. Si, comme la tortue retire à elle tous ses membres, il soustrait ses sens aux objets sensibles, en lui la sagesse est affermie.

XXXVI

 Rien ne résiste à la volonté de l'homme lorsqu'il sait le vrai et veut le bien.

XXXVII

 Si tu ne peux atteindre le « sentier secret » aujourd'hui, il sera à ta portée demain.

XXXVIII

 Heureux l'homme qui a trouvé la sagesse et l'homme qui avance dans l'intelligence.

DEUXIÈME PARTIE

I

 Quelle est ta première pensée consciente le matin en téveillant ?  D'elle dépendra le sort de ta journée.

II

 Avant de prétendre faire du bien, sache imposer comme règle de ne pas faire de mal. Qu'aucune créature vivante ne reçoive de toi du trouble ou de la souffrance, alors qu'il est en ton pouvoir de lui éviter.

III

 Le plus léger acte de charité, ne fût-il que de sauver la vie d'un insecte par pitié, aura des conséquences bénies pour son auteur.

IV

 Laisse les choses vaines aux hommes vains.

V

 Ne mets ton plaisir et ton délassement qu'à passer d'une action utile aux hommes à une autre action utile aux hommes, en te souvenant de Dieu.

VI

  Les choses que le sort t'a destinées, accommode toi à elles ; et les hommes avec qui tu dois vivre, aime-les, mais d'un amour véritable.

VII

  Ne demande pas à être récompensé à cause de ton indulgence : c'est comme si les yeux demandaient une récompense parce qu'ils voient ou les pieds parce qu'ils marchent.

VIII

  Garde ton coeur plus que toute autre chose qu'on garde, car c'est de lui que procèdent les sources de la vie.

IX

  Garde ton esprit dans l'humilité ; ceux qui croient pouvoir tenir jusqu'au bout tombent les premiers.

X

  Le disciple doit regagner l'état d'enfance qu'il perdu, avant que le premier son puisse frapper son oreille.

XI

  Sois patient, disciple, comme quelqu'un qui ne craint pas l'échec, qui ne courtise pas le succès. Sois persévérant comme quelqu'un qui dure à jamais. Si tu veux moissonner la douce paix et le repos, ensemence avec les graines du mérite les champs des moissons futures. Recule-toi du soleil dans l'ombre pour faite plus de place aux autres.

XII

  Courbé, pour être intact ; droit, pour être brisé. Détruit, pour être comblé. Caché, pour être neuf. Avec peu d'avantages on se conserve ; avec beaucoup d'avantages on se perd. L'homme parfait réunit tout en un seul assemblage ; il est le modèle de tous les hommes. Il ne se voit pas, toutefois il brille. Il rie s'agite pas, toutefois il agit. Il n'est pas empressé, toutefois il a des mérites. Il n'est pas excessif, toutefois il dure longtemps. Il n'est pas agité, c'est pourquoi les autres ne s'agitent pas contre lui.

XIII

  Soyez pur, soyez simple, et tenez toujours un juste milieu.

XIV

  Aime le pauvre métier que tu as appris et t'y tiens. Le reste de ta vie, passe-le en homme qui a remis à la Providence le soin de ses affaires et ne se fait ni le tyran ni l'esclave d'aucun des hommes.

XV

  Tout homme qui dit : « je sais distinguer les mobiles des actions humaines » présume trop de sa science. Entraîné par son orgueil, il tombe bientôt dans mille pièges, dans mille filets qu'il ne sait pas éviter.

XVI

  Qui se dresse sur la pointe des pieds ne reste pas debout. Qui se raidit sur les genoux ne marche pas. Qui regarde ne voit pas toujours clair. Qui possède ne peut toujours jouir. Qui fait des reproches da pas toujours de mérites. Qui a du superflu ne peut toujours durer.

XVII

  Ne sois pas curieux. Ne te charge pas de soins inutiles. Ne juge pas témérairement les actes ou les paroles d'autrui... Que t'importe que celui-ci soit tel ou tel ? Que t'importe que celui-là parle et agisse d'une façon ou d'une autre? Tu n'es pas chargé de répondre de ce que fait autrui, mais tu auras à rendre compte de toi-même.

XVIII

  Mieux vaut être un pauvre paysan qui observe la loi divine qu'un orgueilleux philosophe qui étudie la marche de l'Univers en négligeant le soin de lui-même.

XIX

  Nous arriverions à goûter une paix profonde, si nous consentions à ne pas nous occuper des paroles et des actes d'autrui, qui ne nous regardent en rien.

XX

  Si tu vois quelqu'un pécher ouvertement et commettre une faute grave, ce n'est pas une raison pour t'estimer meilleur que lui, car tu ignores combien de temps tu persévéreras dans le bien.

XXI

  Il vaut mieux se tenir caché en travaillant à son salut que de faire des miracles en se négligeant soi-même.

XXII

  Telles seront tes pensées habituelles, telle sera ton âme.

XXIII

  Reconnais les bienfaits par d'autres bienfaits, et ne te venge jamais des injures reçues.

XXIV

  Si, dans une année entière, nous déracinions seulement un seul de nos défauts, nous serions bientôt des hommes parfaits.

XXV

  Exercez-vous dans votre chambre comme les pères du désert dans leur cellule.

XXVI

  Considère si tu dis vrai et non si tu parles de manière agréable à la multitude. La rhétorique est la peste des esprits.

XXVII

  Chercher à devenir mûr doit être l'effort de celui qui aime la sagesse.

XXVIII

  Il est plus aisé de se taire tout à fait que de ne point trop parler. Il est plus aisé de demeurer caché dans une retraite que de se bien garder lorsque l'on est au dehors. Aucun ne peut sûrement se produire s'il n'aime pas à demeurer caché. Aucun ne peut parler sûrement s'il a de la répugnance à se taire. Aucun ne peut être dans l'élévation avec sûreté s'il ne se soumet aux autres. Aucun ne peut sûrement commander s'il n'a bien appris à obéir.

XXIX

  Rien ne survit que l'âme : fais-la donc héroïque.

XXX

  Sème des actes aimables et tu cueilleras leurs fruits. L'omission d'un acte de pitié devient une commission de péché mortel.

XXXI

  Sois semblable à un rocher contre lequel les vagues de la mer viennent sans cesse se briser. Le rocher demeure immobile, malgré les eaux qui bouillonnent autour de lui.

XXXII

  A toute heure, songe fortement à faire ce que tu as en mains avec une stricte et simple gravité, avec coeur, avec liberté, avec justice, et à te délivrer toi-même de toutes les autres pensées.

XXXIII

  Le plus subtil et plus puissant que le plus dense. Il faut être maître de ses désirs pour être maître de ses actes.

XXXIV

  Tue le désir; mais si tu le tues, prends garde qu'il ne se relève d'entre les morts.

XXXV

  Il vaut mieux veiller sur la place publique que de s'endormir dans le temple.

XXXVI

  Même si tu as commis cent fois une faute, ne la commets pas une fois de plus.

XXXVII

  Si tu subis un outrage immérité, ne t'en indigne pas, mais songe que la justice divine juge chacun suivant ses oeuvres.

XXXVIII

  N'use point ce qui te reste de ta vie en des pensées qui concernent les autres, à moins que tu ne les rapportes à quelque intérêt général.  Sinon, en effet, tu manques à une autre tâche : en te Mettant dans l'esprit ce que fait tel ou tel, ou pourquoi il le fait, ou ce qu'il dit, ou ce qu'il médite, ou ce qu'il entreprend, ou tout ce dont il s'occupe, tu te laisses distraire de la surveillance de ton âme à toi.

XXXIX

  C'est un grand malheur que de ne pas avoir éprouvé de peines.

XL

  Il faut avoir souffert pour savoir consoler.

XLI

  L'homme intérieur, comme le fer que l'on forge, doit de temps en temps passer par le feu et être frappé à coups redoublés.

XLII

  Sans le sacrifice, aucun effort n'est efficace.

XLIII

  Chacun aura à rendre compte des paroles inutiles.

XLIV

  Si quelqu'un ne faillit pas en paroles, celui-là est un homme parfait, capable de tenir tout le corps en bride.

XLV

  Comme le songe vient de la multitude des occupations, ainsi la folie vient de la multitude des paroles.

XLVI

  Celui qui garde sa bouche et sa langue garde son âme de la détresse.

XLVII

  Dès que nous exprimons quelque chose, nous le diminuons étrangement. Nous croyons avoir plongé jusqu'aux abîmes et quand nous remontons à la surface, la goutte d'eau qui scintille au bout de nos doigts pâles ne ressemble plus à la mer d'où elle sort.

XLVIII

  Renferme-toi en toi-même. L'âme raisonnable a pour nature de se suffire à elle-même.

XLIX

  Celui qui n'évite pas les petits défauts tombe dans les grands.

L

  Accoutume-toi à être intérieurement attentif aux paroles des autres, et entre le plus possible dans l'âme de celui qui te parle.

LI

  Que toute aigreur, toute animosité, toute colère, toute criaillerie, toute médisance et toute malice soient bannies de vous.

LII

  S'il y a des personnes qui n'étudient pas, ou qui, si elles étudient, ne profitent pas, qu'elles ne se découragent point, ne s'arrêtent point. S'il y a des personnes qui n'interrogent pas les hommes instruits pour s'éclairer sur les choses douteuses ou qu'elles ignorent, ou si en les interrogeant elles ne peuvent devenir plus instruites, qu'elles ne se découragent point. S'il y a des personnes. qui ne méditent pas ou qui, si elles méditent, ne parviennent pas à acquérir une notion claire du principe du bien, qu'elles ne se découragent point. S'il y a des personnes qui ne distinguent -pas le bien du mal, ou qui, si elles le distinguent, n'en ont pas cependant une perception claire et nette, qu'elles ne se découragent point. S'il y a des personnes qui, ne pratiquent pas le bien, ou qui, si elles le pratiquent, ne peuvent y employer toutes leurs forces qu'elles ne se découragent point : ce que d'autres feraient en une fois, elles le feront en dix ; ce que d'autres feraient en cent, elles le feront en mille. Celui qui suivra véritablement cette règle de persévérance, quelque ignorant qu'il soit, devient nécessairement éclairé ; quelque faible qu'il soit, il deviendra nécessairement fort.

LIII

  Celui qui livre son âme aux égarements des sens, voit bientôt son intelligence emportée, comme un navire par le vent sur les eaux.

LIV

  Efforce-toi de fuir et de vaincre surtout les défauts qui te déplaisent le plus chez autrui.

LV

  Qui se connaît fort et agit clément est le premier de tous les hommes. Qui se connaît éclatant et se garde obscur est le modèle de tous les hommes. Qui se  sait savant et garde ses lèvres fermées est le Premier de tous les hommes.

LVI

  Mieux vaut taire une vérité que de la donner sans douceur et de mauvaise grâce.

LVII

  Affectionnez-vous aux choses d'en-haut et non aux choses de la terre.

LVIII

  Si celui qui te hait a faim, donne-lui. du pain à manger, et s'il a soif, donne-lui de l'eau à boire.

LIX

  Ne maudissez jamais des deux mains, afin qu'il vous en reste toujours une pour pardonner et pour bénir.

LX

  Sois patient pour supporter les défauts et les faiblesses d'autrui : tu en as, toi-même, beaucoup, qu'il faut qu'autrui supporte. Si tu ne peux arriver à te rendre toi-même tel que tu voudrais être, comment pourras-tu modifier les autres suivant ton bon plaisir ? Nous désirons volontiers la perfection chez autrui et nous ne cherchons cependant pas à déraciner nos défauts. Nous voulons voir les autres corrigés parfaitement, mais nous ne nous corrigeons pas nous-mêmes. La trop grande liberté d'autrui nous déplaît, mais nous n'aimons pas qu'on nous refuse l'objet de notre désir. Nous souhaitons voir les agissements d'autrui réglés par des lois ; mais, nous-mêmes, ne supportons aucune contrainte. Ce qui prouve clairement que nous n'aimons pas
le prochain comme nous-mêmes.

LXI

  Il faut semer la douceur par l'exemple, car la méchanceté s'exaspère par la méchanceté.

LXII

  Si, dès le commencement, -nous nous faisions à nous-mêmes légèrement violence, nous pourrions triompher, par la suite, de toutes les difficultés facilement et joyeusement.

LXIII

  Ne cherche pas à devenir quelque chose, mais quelqu'un.

LXIV

  Le respect aux dieux, aux brahmanes, au précepteur, aux hommes instruits, la pureté, la droiture, la chasteté, la mansuétude, sont appelés austérités du corps. Un langage modéré, véridique, plein de douceur, l'usage des lectures pieuses sont l'austérité de la parole. La paix du coeur, le calme, le silence, l'empire de soi-même, la purification de son être, telle est l'austérité du coeur.

LXV

  Le devoir de celui qui a reçu est de transmettre à son tour.

LXVI

  Si tu ne peux être le soleil, soit l'humble planète. Indique la Voie, même indistinctement et perdu dans la foule, comme fait l'étoile du soir à ceux qui suivent leur chemin dans la nuit. Éclaire et réconforte le pèlerin en peine et cherche celui qui en sait encore moins que toi.

LXVII

  Il n'y a point d'homme si stupide ni de femme si ignorante qui ne soit capable de mettre en pratique les moyens que la Providence nous a donnés pour atteindre notre perfection.

LXVIII

  Ne vis ni dans le passé, ni dans le présent, ni dans le futur, mais dans l'éternel.

LXIX

  Si tu te sens endolori et blessé dans ton coeur ou que tu ne sois plus le maître de tes nerfs, évite de rencontrer les hommes tant que tu seras dans cet état. Adresse tes plaintes à Dieu et non pas à eux, et n'affronte leur présence que quand tu auras repris une certaine possession de toi-même.

LXX

  Travaille à imiter les sages et ne te rebute jamais, quelque ardue que soit la tâche; le plaisir que tu goûteras si tu parviens à tes fins te dédommagera de toutes tes peines.

LXXI

  Combats nuit et jour tes défauts. Si par tes soins -et ta vigilance tu remportes sur toi la victoire, attaque hardiment les défauts des autres. Mais ne les attaque point avant cela.

LXXII

  Ce que nous prenons chez nous pour le zèle de la vertu n'est souvent qu'un secret amour-propre dominateur, une jalousie dissimulée et un instinct orgueilleux de contradiction.

LXXIII

  La Plupart des hommes s'efforcent d'acquérir la science au lieu de s'efforcer à mener une vie droite ; aussi s'égarent-ils souvent et ne retirent-ils de leurs travaux qu'un maigre résultat ou même un résultat nul. S'ils mettaient autant de soin à extirper leurs défauts et à acquérir des vertus qu'ils en mettent à soulever des problèmes, on ne verrait pas dans le monde tant de maux et de scandales.

LXXIV

  Il faut d'abord connaître le but auquel on doit tendre, ou sa destination définitive, et prendre ensuite une détermination. La détermination étant prise, on peut ensuite avoir l'esprit tranquille et calme. L'esprit étant tranquille et calme, on peut ensuite jouir de ce repos inaltérable que rien ne peut troubler; on peut ensuite méditer et se former un jugement sur l'essence des choses. Ayant médité et s'étant formé un jugement sur l'essence des choses, on peut ensuite arriver à l'état de perfectionnement désiré.

LXXV

  Il vaut mieux suivre sa propre loi, même imparfaite, que la loi d'autrui, même meilleure ; il vaut mieux mourir en pratiquant sa loi : la loi d'autrui a des dangers

LXXVI

  Il ne suffit pas de posséder une vérité, il faut que la vérité nous possède.

LXXVII

  Ne jugez pas ; ne parlez guère ; aimez et agissez.

LXXVIII

  L'homme supérieur est celui qui d'abord met ses paroles en pratique et ensuite parle conformément à ses actions.

LXXIX

  Exerce premièrement ton zèle sur toi-même. Tu pourras ensuite l'exercer sur ton prochain.

LXXX

  Établis d'abord la paix en toi-même, et tu pourras ensuite la procurer à autrui. L'homme de paix est plus utile que l'homme savant. L'homme passionné convertit en mal le bien lui-même et croit volontiers au mal. L'homme de paix et de bonté ramène tout au bien. Ce sont ceux qui portent la paix en eux qui peuvent vivre en paix avec les autres. L'homme de paix ne soupçonne personne. Le passionné, incapable de contrôler son coeur, est assailli de mille soupçons; il ne peut ni goûter le repos, ni le laisser goûter à autrui ; il dit ce qu'il devait taire, fait ce qu'il ne devait pas faire, oublie le devoir qui lui incombe ; il s'inquiète des obligations du prochain, et les siennes, il les néglige.

LXXXI

  Le sage qui suit la Voie agit et ne s'agite point.

LXXXII

  Celui qui connaît l'utilité de la souffrance, celui-là a la paix profonde. Celui-là est le vainqueur de soi-même, le maître du monde, l'ami du Christ et l'héritier du Ciel.

LXXXIII

  Rejette l'opinion et tu seras sauvé.

LXXXIV

  Pour s'approcher de Dieu il faut marcher, et les actions saintes sont les mouvements de notre âme.

LXXXV

  Beaucoup réfléchir sur un petit nombre de livres tout à fait bons : voilà ce qui fait avancer dans la vie intérieure.

LXXXVI

  La conscience se révèle et se développe par le recueillement : il faut savoir faire le silence dans son âme pour se développer intellectuellement. La vie morale ne consiste pas à multiplier les impressions, mais à les approfondir.

LXXXVII

  Si tu lis pendant quelques minutes, médite pendant quelques heures.

LXXXVIII

  Il ne faut jamais regarder en arrière.

TROISIÈME PARTIE

I

  Tous les êtres créés, quels qu'ils soient, faibles ou forts, petits ou grands, visibles ou non visibles, ont le droit d'aspirer au bonheur.

II

  Aucun homme ne peut en purifier un autre.

III

  Il y a beaucoup de choses à faire et peu de choses à savoir.

IV

  La lampe brûle brillamment quand la mèche et l'huile sont propres. Mais pour les rendre propres, il faut que quelqu'un les nettoie.

V

  Quand un acte de vertu nous coûte, c'est signe que nous ne possédons pas encore cette vertu ; ce n'est que lorsqu'elle sera devenue partie intégrante de nous-même que son exercice sera sans effort et spontané.

VI

  La vigilance est le chemin qui mène à l'affranchissement de la mort ; la négligence, celui qui mène à la mort.

VII

  Ce qui fait cesser ici-bas les haines, ce n'est aucunement les haines, mais l'absence de haine.

VIII

  Celui qui persécute un homme de bien fait la guerre au Ciel.

IX

  Ce n'est point parmi les choses terrestres qu'il faut chercher la véritable paix, mais parmi les choses célestes ; ce n'est point parmi les hommes et les êtres créés, mais en Dieu seul.

X

   Si vous avez vécu dans la beauté obscure, ne vous inquiétez pas.

XI

  Les deux plus belles choses de l'Univers sont : le ciel étoilé sur nos têtes et le sentiment du devoir dans nos coeurs.

XII

  Celui qui est tout rempli de la vérité et de la splendeur, célestes ne recherche pas les vanités de la gloire.

XIII

  Les objets se retirent devant l'homme abstinent ; les affections de l'âme se retirent en présence de celui qui les a quittées.

XIV

Vouloir le bien avec violence, c'est vouloir le mal; car la violence produit le désordre, et le désordre le mal.

XV

Ce n'est ni par les pleurs ni par les regrets que se gagne la paix du coeur.

XVI

  Le plus mortel péché, ce serait l'orgueilleuse conscience d'être sans péché. Voilà la mort. Le coeur qui a conscience d'être ainsi est divorcé d'avec la sincérité, l'humilité et le fait ; il est mort. Il est « pur » comme le sable sec et mort est Pur.

XVII

  Le coeur du sage rend sa bouche sensée et sur ses lèvres accroît la science.

XVIII

  Lorsque l'homme éprouve un sentiment de bien être physique en présence du bon et du vrai, tandis que le mal, le faux, et l'impur, même sous leur forme la plus séduisante, provoquent en lui une dépression et un malaise physique également, c est alors seulement qu'il est parvenu à la conformation normale de tout son être. jusque là, fût-il même nourri des meilleurs principes, le mal n'a pas perdu toute influence sur lui.

XIX

  La perfection morale suppose la haute lumière de l'intelligence ; la haute lumière de l'intelligence suppose la perfection morale.

XX

  Si tu médites constamment sur une question insoluble pour ton esprit, la solution te sera donnée.

XXI

  La tristesse vaut mieux que le rire, parce que par la tristesse du visage, le coeur devient joyeux.

XXII

  Ne cherche pas la paix dans les paroles des hommes.  Qu'ils disent de toi du bien ou du mal, es-tu pour cela un autre homme ?

XXIII

  Plus et mieux tu sauras, plus tu seras jugé sévèrement, si tu n'as pas pour cela mené une vie plus pure.

XXIV

  Qui parle peu agit comme il veut. Il appelle le vent, et ne dit pas de quel côté. Il appelle la pluie, et ne dit pas pour quel jour.

XXV

  Rechercher les principes des choses qui sont dérobées à l'intelligence humaine ; faire des actions extraordinaires qui paraissent en dehors de la nature de l'homme ; en un mot opérer des prodiges pour se procurer des admirateurs et des spectateurs dans les siècles à venir : voilà ce que je ne voudrais pas faire.

XXVI

  Si la haine répond à la haine, comment la haine finira-t-elle ?

XXVII

  Tant qu'une opinion est implantée sur les sentiments, c'est en vain qu'on lui oppose les arguments les plus décisifs ; elle en tire de la force au lieu d'être affaiblie.

XXVIII

  Tout homme qui croit et veut croire à un Dieu injuste et féroce, peut, à un moment donné, devenir un fou furieux.

XXIX

  Deux ailes sont données à l'homme pour s'élever au-dessus des choses de la terre : la simplicité et la pureté.

XXX

  La gloire des justes est dans leur conscience, et non dans la bouche des hommes. Si tu es loué, cela ne te rendra pas plus parfait; si tu es dénigré, cela -ne te rendra pas plus vil. Tu es ce que tu es.

XXXI

  Si quelqu'un dit : «J'aime Dieu »,, et qu'il haïsse son frère, il est menteur.

XXXII

  Plus les âmes s'aiment, plus leur langage est court.

XXXIII

  Il faut s'aimer beaucoup pour pouvoir se taire.

XXXIV

  Apprends à aimer et à faire du bien, voilà la vraie science de la vie.

XXXV

  Heureux, même dans les angoisses, celui à qui Dieu a donné une âme digne de l'amour et du malheur. Qui n'a pas vu les choses du monde et le coeur des hommes à cette double lumière n'a rien vu de vrai et ne sait rien.

XXXVI

  Nous sommes ouvriers avec Dieu.

XXXVII

  Quand ta raison aura franchi les régions obscures de l'erreur, alors tu parviendras au dédain des controverses passées et futures.

XXXVIII

  Sans sortir de sa maison, le sage connaît tous les hommes ; il sait qu'ils ne sont pas heureux. Il connaît la Voie du ciel ; quoique éloigné, il connaît les plus petites choses. Ainsi le sage ne marche pas, mais aboutit ; ne voit pas les choses, mais sait leur nom ; ne travaille pas mais produit.

XXXIX

  La pensée est difficile à contenir, légère, courant où il lui plaît. La dompter est chose salutaire : domptée, elle procure le bonheur. La pensée est difficile à découvrir, très adroite, courant où il lui plaît. Que le sage la surveille ; surveillée elle procure ce bonheur. Quelque mal réciproque qu'on puisse se faire entre gens qui se haïssent, entre ennemis, une pensée mal dirigée en ferait plus encore. Quelque bien que puissent se faire soit un père, soit une mère, soit d'autres parents, une pensée bien dirigée en ferait plus encore.

XL

  Il n'est pas bon d'être trop libre. Il n'est pas bon d'avoir toutes les " nécessités ".

XLI

  Celui-là n'a pas atteint la patience véritable qui ne consent à souffrir qu'autant qu'il lui plaît et de qui il lui plaît.

XLII

  Dieu juge nos actes, non nos doctrines.

XLIII

  Dieu juge les actes plutôt d'après la manière dont ils sont accomplis que d'après leur nombre. C'est beaucoup agir qu'agir avec diligence ; c'est beaucoup agir qu'agir avec soin ; c'est beaucoup agir que de servir autrui plutôt que de servir sa volonté propre.

XLIV

  Tendez à la perfection et le Dieu d'amour et de paix sera avec vous.

XLV

  Même dans la vie la plus vulgaire, la part de ce qu'on fait pour Dieu est énorme. L'homme le plus bas aime mieux être juste qu'injuste. Tous, nous adorons, nous prions bien des fois par jour sans le savoir.

XLVI

  N'aimez point le Monde ni les choses qui sont dans le Monde. Si quelqu'un aime le Monde, l'amour du Père n'est pas en lui. Car tout ce qui est dans le Monde : convoitise de la chair, convoitise des yeux, orgueil de la vie, ne vient pas du Père, mais vient du Monde. Le Monde et sa convoitise passent, mais celui qui suit la volonté du Père demeure éternellement.

XLVII

  Aimer son prochain, ce n'est pas seulement se donner tout à lui, servir, aider et secourir les autres. Il est possible que vous ne soyez ni bon, ni grand, ni noble au milieu des plus grands sacrifices. Aimer son prochain, c'est aimer ce qu'il y a d'éternel dans les autres, car le prochain par excellence c'est ce qui se rapproche le plus de Dieu, c'est-à-dire de ce qu'il y a de pur et de bon dans les hommes.

XLVIII

  L'amour est le lien des âmes, et lorsqu'il est pur, ce lien est indestructible.

XLIX

  L'amour ne saurait devenir égoïste sans se donner la mort à lui-même, et il ne trouve la plénitude de la vie qu'en se donnant tout entier aux autres.

L

  L'amour est une puissance immense. L'amour est le premier de tous les liens. Il n'est rien de plus doux que l'amour, rien de plus élevé, rien de plus étendu, rien de plus agréable, rien de plus réel, rien de meilleur dans le Ciel et sur la Terre. L'amour est né de Dieu, et ce n'est que dans la divine perfection, au-dessus de toute création, qu'il peut se reposer pleinement. L'amour vole, court et est toujours joyeux. Il donne tout à tous et il possède tout partout, parce qu'il possède le bien suprême d'où découlent tous les biens particuliers. L'amour ne connaît pas de mesure, mais il s'enflamme au-delà de toute mesure. L'amour ne sent pas les fardeaux, n'évite pas les travaux. Il entreprend plus qu'il ne peut, il ne s'inquiète pas de l'impossible, parce qu'il sait qu'il peut tout et que tout lui est permis. L'amour veille tout en dormant. Fatigué, il ne se lasse pas emprisonné, il est libre ; menacé, il ne s'effraie pas. Toujours il s'élance comme une flamme vive ou une torche ardente, et il marche sans nulle crainte.

LI

  Quand je parlerais les langues des hommes et des anges, si je n'ai pas la charité, je ne suis qu'un airain qui résonne ou une cymbale qui retentit. Et quand j'aurais le don de prophétie, la science de tous les mystères et toute la connaissance, quand il y aurais même toute la foi jusqu'à transporter des montagnes, si je n'ai pas la charité, je ne suis rien. Et quand je distribuerais tous mes biens pour la nourriture des pauvres, quand je livrerais même mon corps pour être brûlé, si je n'ai pas la charité, cela ne me sert de rien.
  La charité est patiente ; elle est pleine de bonté ; la charité n'est point envieuse ; la charité ne se vante point ; elle ne s'enfle point d'orgueil ; elle ne fait rien de malhonnête ; elle ne cherche point son intérêt ; elle ne s'irrite point ; elle ne soupçonne point le mal ; elle ne se réjouit point de l'injustice, mais elle se réjouit de la vérité ; elle excuse tout ; elle croit tout ; elle espère tout ; elle supporte tout.

LII

  Alors même que nous croyons avoir fait tout le possible, il reste encore une suprême tentative à essayer.

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Publié dans Spiritualité

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