LA VOIX DE LA SAGESSE TROISIEME CYCLE

Publié le par LA LUMIERE

PREMIÈRE PARTIE

I

  Le mystère est en nous, et il s'appelle la conscience ; le mystère est autour de nous, et il s'appelle la Nature ou l'ambiance ; le mystère est dans nos semblables, et il s'appelle attraction ou répulsion, domination ou obéissance ; enfin le mystère est au-dessus de nous et il s'appelle théodicée, pneumatologie, théurgie.

II

  Celui-là contemple la vie comme une merveille. Celui-ci en parle comme d'une merveille. Un autre en écoute parler comme d'une merveille. Et quand on a bien entendu, nul encore ne la connaît.

III

  En face du mystère, l'humanité ressemble au public d'un théâtre ; les intellectuels, les privilégiés voient des nuances, des détails que les places inférieures ne perçoivent pas, mais peut-on dire que ce soient les privilégiés qui jouissent le plus souvent du spectacle et qui en tirent le plus grand profit moral ? Comprendre une douzaine de lois matérielles de plus ou de moins, savoir comment se fait un miracle, pouvoir le faire, cela ne constitue pas une grande différenciation. La disproportion demeure fatale entre le pouvoir et le vouloir : quel serait l'avantage d'un homme qui, au lieu de percevoir huit kilomètres d'horizon, en percevrait le double ? Il serait extraordinaire, unique ; il n'en serait pas moins sujet aux ophtalmies.
  Préparer l'autre vie par celle-ci et devancer par l'effort l'évolution du devenir, voilà la vraie voie.

IV

  L'étrangeté des phénomènes ne prouve que notre ignorance devant les lois de la nature. Quand Dieu veut se faire connaître à nous, il éclaire notre raison et ne cherche pas à la confondre ou à l'étonner.

V

  Dieu et la Nature n'ont point de mystères pour leurs enfants. Le mystère est seulement dans la faiblesse de notre être qui n'est pas capable de supporter la lumière. Cette faiblesse est la nuée qui couvre le sanctuaire.

VI

  Tout ce que nous voyons du monde n'est qu'un trait imperceptible dans l'ample sein de la nature.

VII

  Il faut se représenter continuellement le monde comme un être unique ayant une substance unique et une âme unique ; comment tout se rapporte à une sensation unique, la sienne ; comment tout agit par son unique impulsion ; comment tout coopère a causer ce qui arrive ; et quel est l'enchaînement et la connexion des choses.

VIII

  Chaque nature créée en suppose une autre qui lui est surnaturelle. La plante l'emporte sur la pierre, l'animal sur la plante, l'homme sur l'animal, l'ange ou le pur esprit sur l'homme, Dieu sur l'ange.

IX

  Tout est vivant dans la nature.

X

  La vie divine circule dans tous les êtres et toutes les choses et anime nos plus humbles actions quotidiennes.

XI

  Souviens-toi de l'Etre total dont tu participes pour une minime partie, et de la Durée totale, dont un court, un infime moment t'est assigné, et de la Destinée, dont tu es quelle faible part

XII

  Tous nous coopérons à une oeuvre unique, les uns avec connaissance et pleine intelligence, les autres sans le savoir : ceux mêmes qui dorment travaillent et coopèrent à ce qui se passe dans le monde ; celui-là même y coopère qui s'efforce de remonter le courant et de supprimer ce qui est : car le monde avait besoin d'un homme de ce genre. Celui qui régit le Tout se servira, en tout cas, de toi comme il faut, et il te placera en une certaine place parmi ses coopérateurs et collaborateurs.

XIII

  Toutes choses sont liées entre elles, et leur enchaînement est saint, et presque aucune n'est étrangère à l'autre. Car il y a un seul Monde formé de tout, un seul Dieu répandu partout, une seule Substance, une seule Loi, un seul Esprit commun à tous les êtres intelligents, une seule Vérité.

XIV

  Tout ce qui arrive à chacun est utile au Tout.

XV

  Le progrès est le mouvement universel des êtres, qui, incessamment épanchés de Dieu, remontent sans cesse à Dieu sans jamais pouvoir l'atteindre. C'est un perpétuel avènement d'une vie inférieure à une vie supérieure, le lien du fini avec l'infini.

XVI

  Tout ce qui est élevé n'est pas saint; tout ce qui est désirable n'est pas pur ; tout ce qui est doux n'est pas bienfaisant ; tout ce qui nous est cher n'est pas agréable à Dieu.

XVII

  L'homme regarde à ce qui frappe les yeux, mais l'Eternel regarde au coeur.

XVIII

  Tout ce qui est, tout ce qui arrive ne vient pas seulement de quelque part, mais va aussi quelque part

XIX

  La science de l'homme ne fait pas la Vérité. La Vérité est éternelle ; la science marche dans le temps, et à mesure qu'elle avance, elle constate de plus en plus la Vérité. Ce qu'elle n'a pas encore vu existe déjà, et bien souvent la conjecture a devancé la science et annoncé de grandes vérités aux hommes.

XX

  Nous appelons Destin tout ce qui nous limite. Si nous sommes brutaux et barbares, la fatalité prend une forme brutale et barbare. Quand nous. nous raffinons, nos échecs se raffinent aussi. Si nous nous élevons à la culture spirituelle, l'antagonisme prend une forme spirituelle.

XXI

  Celui qui sait vouloir est conduit ; celui qui ne sait pas vouloir est traîné.

XXII

  Aucune contrariété ne survient que nous ne l'ayons appelée, il y a peut-être une heure, peut-être un siècle. Elle est l'obstacle légitime à l'épanouissement d'une des fleurs de notre égoïsme.

XXIII

  Le hasard n'existe pas. Tout événement a une raison d'être et obéit à une cause cAchée.

XXIV

  Nous ne sommes enchaînés que parce que nous sommes trop égoïstes pour faire bon usage de notre liberté.

XXV

  Le mal absolu n'est pas. Le mal est un accident du bien.

XXVI

  La matière est de l'esprit éteint ; elle ne vit donc que par l'esprit, pour l'esprit. L'esprit est la vérité de la matière. Dieu est la vérité de l'esprit ; il est l'esprit en soi, l'Esprit absolu.

XXVII

  La matière est vraie pour la matière et ne le sera jamais pour l'esprit. Les choses corporelles et sensibles n'étant rien pour l'Etre intellectuel de l'homme, on voit comment doit s'apprécier ce que l'on appelle la mort, et quelle impression elle peut produire sur l'homme sensé, qui ne s'est point identifié avec les illusions de ces substances corruptibles. Car le corps de l'homme, quoique vrai pour les autres corps, n'a, comme eux, aucune réalité pour l'intelligence, et à peine doit-elle s'apercevoir qu'elle s'en sépare : en effet, lorsqu'elle le quitte, elle ne quitte qu'une apparence, ou pour mieux dire elle ne quitte rien.

XXVIII

  Les corps qui finissent procèdent d'une âme éternelle, indestructible et immuable. Celui qui croit qu'elle tue ou qu'on la tue se trompe ; elle ne tue pas, elle n'est pas tuée. Elle ne naît, elle ne meurt jamais. Sans naissance, sans fin, éternelle, antique, elle n'est pas tuée quand on tue le corps. Comme l'on quitte des vêtements usés pour en prendre de nouveaux, ainsi l'âme quitte les corps usés pour revêtir de nouveaux corps. Ni les flèches ne la percent, ni la flamme ne la brûle, ni les eaux ne l'humectent, ni le vent ne la dessèche. Inaccessible aux coups et aux brûlures, à l'humidité et à la sécheresse, éternelle, répandue en tous lieux, immobile, inébranlable, invisible, ineffable, immuable, voilà ses attributs.

XXIX

  De même qu'il faudrait que notre corps éclatât, s'il était soustrait à la pression de l'atmosphère, de même si le poids de la misère, de la peine, des revers, et des vains efforts était enlevé à la vie de l'homme, l'excès de son arrogance serait si démesuré, qu'elle le briserait en éclats, ou tout au moins le pousserait à l'insanité la plus désordonnée et jusqu'à la folie furieuse. En tous temps il faut à chacun une certaine quantité de soucis, de douleurs ou de misère, comme il faut du lest au navire pour tenir d'aplomb et marcher droit.

XXX

  Ce qui est né doit sûrement mourir et ce qui est mort doit renaître.

XXXI

  Ce qui vient de la Terre retourne à la Terre, et ce qui doit la vie au Ciel reprend son vol vers les hauteurs célestes.

XXXII

  Nos forces physiques, notre habileté manuelle notre ingéniosité, nos facultés mentales ne nous appartiennent pas : ce sont des instruments de travail que nous prête la Nature. Nous avons à les lui rendre à la mort, non pas détériorés, non seulement dans  l'état où nous les avons reçus, mais perfectionnés et capables de répondre mieux aux besoins de nos remplaçants à qui ils vont être confiés.

XXXIII

  La naissance n'est pas un commencement. C'est une suite.

XXXIV

  Comme l'action et la réaction se rapportent réciproquement dans la Nature, ainsi se rapportent la révélation et la foi. Là où il n'y a point de réaction, l'action cesse nécessairement. Là où il n'y a pas de foi, aucune révélation ne peut avoir lieu. Mais plus il y a de foi, plus il y a de révélation ou de développement des vérités qui sont dans l'obscurité et qui ne peuvent être développées que par notre confiance.

XXXV

  Aucune génération d'un être quelconque ne va sans la corruption d'un autre. L'avènement d'une forme plus parfaite n'a lieu que par la corruption de la forme précédente ; de telle sorte cependant que toujours la forme qui suit renferme tout ce que possédait la forme précédente, plus un degré supérieur de perfection.

XXXVI

  Aide la Nature et travaille avec elle : la Nature te regardera comme un de ses enfants et te fera sa soumission.

XXXVII

  Le silence est nécessaire au sage ; ses actions doivent être son langage. Le Ciel parle, mais de quel langage se sert-il pour enseigner aux hommes qu'il existe un souverain principe dont tout dépend, qui les fait vivre et agir ? Le mouvement de la vie est son langage : il ramène les saisons en leur temps, il féconde la Nature et la fait produire. Quelle grandeur en ce silence !

XXXVIII

  La Perfection, le Vrai dégagé de tout mélange est la loi du Ciel ; le perfectionnement, qui consiste à employer tous ses efforts pour découvrir la loi céleste, est la loi de l'homme.

XXXIX

  Le bien est, pour chaque Etre, l'accomplissement de sa propre loi, et le mal, ce qui s'y oppose.

XL

  Les oeuvres de la chair sont l'adultère, la fornication, l'impureté, la dissolution, l'idôlatrie, l'empoisonnement, les inimitiés, les querelles, les jalousies, les animosités, les disputes, les divisions, les sectes, les envies, les meurtres, l'ivrognerie, les débauches et autres choses semblables. Les fruits de l'Esprit sont la charité, la joie, la paix, la patience, la douceur, la bonté, la fidélité, la bénignité, la tempérance.

XLI

  La lumière spirituelle tient à la conformité de notre âme avec les lois divines. Les hommes ne peuvent jamais perdre cette lumière, mais ils peuvent l'obscurcir de tant de nuages qu'elle semble entièrement éteinte.

XLII

  Chacun a le même mérite que les objets de son zèle.

XLIII

  La vertu n'a pas de modèle déterminé et invariable, mais celui qui fait le bien peut servir de modèle. Les bonnes actions ne sont pas déterminées d'une manière spéciale, mais tout ce qui se fait de bien se réduit à un seul principe.

XLIV

  Le beau est la splendeur du vrai.

XLV

  La foi est la source de toute force.

XLVI

  L'art a le même objet que la religion : faire sentir Dieu aux hommes.

XLVII

  Tout ce qui est né de Dieu est victorieux du monde.

XLVIII

  Ceux qui ont porté leurs chaînes et aidé les autres à porter les leurs seront admis à la liberté totale.

XLIX

  Cherchons autour de nous s'il y a quelqu'un à qui tout le monde prodigue les calomnies : il y aura de bien grandes chances alors pour que ce soit un envoyé de Dieu.

DEUXIÈME PARTIE

I

  Il n'y a qu'un maître. Ce maître est en nous. Il faut l'écouter pour l'entendre, et faire silence pour l'écouter.

II

  Dans le coeur de tous les vivants réside un maître qui les fait mouvoir par sa magie comme par un mécanisme caché.

III

  Nous attendons, dans l'existence, comme les aveugles de la légende qui avaient fait un long voyage pour venir écouter leur Dieu. Ils s'étaient assis sur les marches, et quand quelqu'un leur demandait ce qu'ils faisaient sur le parvis du sanctuaire : « Nous attendons, disaient-ils en secouant la tête, et Dieu n'a pas dit encore un seul mot ». Mais ils n'avaient pas vu que les portes d'airain du temple étaient fermées et ils ne savaient pas que la voix de leur Dieu remplissait l'édifice. Notre Dieu ne cesse pas un instant de parler et personne ne songe à entr'ouvrir les portes. Et cependant, si l'on voulait y prendre garde, il ne serait pas difficile d'écouter, à propos de tout acte, le mot que Dieu doit dire.

IV

  Ce n'est pas sur un parchemin ou sur une table de pierre que Dieu a écrit son nom et sa loi : le livre sacré par excellence est l'âme vivante de l'homme.

V

  Il y a dans l'homme deux parties : le coeur spirituel où brille la lumière divine, et le reste où brillent des lumières naturelles.

VI

  L'esprit de l'homme est une lampe divine. Elle sonde jusqu'aux choses les plus profondes.

VII

  Ne crois pas devoir à toi-même les résultats que tu obtiens. Dans nos efforts vers le mieux, c'est du Ciel que viennent la force, la réussite et les fruits. Quelque grande que soit notre énergie personnelle, nous ne fournissons rien d'autre que notre adhésion au secours divin.

VIII

  Ce qui distingue les hommes les uns des autres, ce sont les rapports qu'ils ont avec l'Infini.

IX

  Il n'est rien sur la terre qui ne montre ou la misère de l'homme ou la miséricorde de Dieu, ou l'impuissance de l'homme sans Dieu, ou la puissance de l'homme avec Dieu.

X

  Il y a de la lumière dans tout ce qui arrive, et les plus grands des hommes n'ont été grands que parce qu'ils avaient l'habitude d'ouvrir les yeux à toutes les lumières.

XI

  Votre corps est le temple de l'Esprit qui vous a été donné par Dieu, et il ne vous appartient pas à vous-même.

XII

  Une chose belle ne meurt pas sans avoir purifié quelque chose. Il n'y a pas de beauté qui se perde.

XIII

  L'âme est une chose qui peut ne pas monter, mais qui ne peut jamais descendre.

XIV

  Nous vivons tous dans le sublime. Ce qui nous manque, ce ne sont pas les occasions de vivre dans le ciel, c'est l'attention et le recueillement. Tout ce qui nous arrive est divinement grand et nous sommes toujours au centre d'un grand monde. Mais il faudrait s'habituer à vivre comme un ange qui vient de naître, comme une femme qui aime, ou comme un homme qui va mourir.

XV

  Il n'est point de pensée ayant habité honnêtement comme vraie dans le coeur de l'homme qui n'ait été une honnête intuition de la vérité de Dieu de la part de l'homme, et qui n'ait en elle une vérité essentielle, durant à travers tous les changements.

XVI

  Toute consolation humaine est vaine et de peu de durée. La seule consolation véritable et efficace est celle que la Vérité même nous donne, au dedans de notre coeur.

XVII

  Il faut laisser les petites choses à ceux qui ne sentent pas que la vie est profonde. Tout ce qui ne va pas au-delà de la sagesse expérimentale et quotidienne ne nous appartient pas et n'est pas digne de notre âme.

XVIII

  Celui qui est de Dieu écoute les paroles de Dieu.

XIX

  Nous sommes laids quand nous nous éloignons des dieux qui sont en nous, et nous devenons beauxàmesure que nous les découvrons. Nous ne trouverons le divin dans les autres qu'en leur montrant d'abord le divin dans nous-même.

XX

  Le Seigneur n'accable point les enfants des hommes.

XXI

  Dieu va doucement avec nous parce que notre nature est faible.

XXII

  Avant toute chose veille à ce que ton nom soit écrit dans le Ciel.

XXIII

  Approchez-vous de Dieu et il s'approchera de VOUS.

XXIV

  L'âme est le devenir individuel, comme Dieu est le devenir universel.

XXV

  Nulle retraite n'est plus tranquille et moins troublée pour l'homme que celle qu'il trouve en son âme, surtout s'il y porte ces vérités qu'il lui suffit d'approfondir pour obtenir à l'instant une absolue quiétude.

XXVI

  Quiconque passe sa vie dans l'ignorance de Dieu et de soi-même abdique sa nature morale et manque à sa destinée.

XXVII

  Il n'y a pas de jours petits.Il faut que cette idée descende dans notre vie et qu'elle s'y transforme en substance. Petites joies, petits sourires et grandes larmes, tout cela occupe le même point dans l'espace et le temps. Les sourires aussi bien que les larmes entr'ouvrent les portes de l'autre monde.

XXVIII

  L'âme, principe de vie, est d'origine céleste; son essence est de vivre d'une vie toute spirituelle. Elle est tombée dans le corps à la suite d'une chute mystérieuse. Sa destinée en ce inonde est de s'affranchir des organes, et, à travers une série de voyages et d'épreuves corporelles, elle tend à reconquérir sa vie primitive en Dieu.

XXIX

  La vie intérieure peut être comparée, à une ascension. Ne nous hasardons pas à gravir les cimes sans guides ou avec de mauvais guides, ou encore liés par la même corde à des compagnons de route inexpérimentés.

XXX

  Il y a trois degrés différents dans l'ouverture de notre sens spirituel ou sensorium. Le premier degré ne va que jusqu'au bien moral, et le monde transcendantal. agit en nous par des mouvements intérieurs qu'on appelle inspirations. Le second degré, qui est plus élevé, ouvre notre sensorium pour recevoir le spirituel et l'intellectuel, et le monde métaphysique agit en nous par des illuminations intérieures. Le troisième degré, qui est le plus élevé et aussi le plus rare, ouvre tout l'intérieur. Il ouvre la croûte qui ferme notre oeil et notre oreille spirituels et nous donne une vision entière dans le règne des esprits, et l'objectivité des objets métaphysiques et transcendentaux, ce qui explique tout naturellement toutes les visions

XXXI

  Ce n'est pas celui qui commence seulement, mais celui qui persévère jusqu'à la fin qui sera couronné.

XXXII

  Le développement intérieur de l'homme suit la même marche progressive et naturelle par degrés que nous remarquons aussi dans sa croissance physique : les progrès ne sont pas évidents ni particulièrement rapides, si ce n'est chez quelques rares ir-dividus doués d'une manière exceptionnelle.

XXXIII

  Si nous ne possédons pas une expérience intime et personnelle de l'existence de Dieu, nous sommes au fond du coeur des athées, malgré nos pratiques ou nos croyances.

XXXIV

  Nos rapports avec Dieu doivent avant toute chose avoir le caractère d'une absolue sincérité. Ils s'accommoderaient mieux des plus grandes fluctuations, ou d'infidélités accentués suivies de refentir, que d'une froide indifférence ou d'un formalisme quelconque accompli par devoir seulement.

XXXV

  Quiconque travaille au bien se donne Dieu pour guide et arrive au bout sans sinquiéter des récompenses futures.

XXXVI

  Tout est pur aux purs.

XXXVII

  La méditation profonde habitue l'âme à vivre en dehors de son enveloppe corporelle : elle la prépare à la vie future.

XXXVIII

  La foi est une force divine qui crée là où il n'y a rien et qui trouve là où il n'y a rien de créé.

XXXIX

  La foi commence quand tous les moyens naturels sont épuisés.

XL

  La prière est la faim de l'âme.

XLI

  Tout prie : la pierre qui mûrit dans les ténèbres de la mine, la plante qui cherche le soleil, l'animal qui en salue le lever et le coucher. Tout acte est une demande. Le résultat s'obtient non par notre volonté, mais parce que nous désirons et espérons le succès.

XLII

  Prier, ce n'est pas prononcer beaucoup de mots, mais c'est abîmer tous ses sens en Dieu.

XLIII

  La nouvelle aurore ne peut éclairer l'homme que lorsqu'il a traversé le désert de l'anéantissement pour entrer dans la terre promise de l'union avec Dieu.

XLIV

  Si vous avez écouté le Christ, vous avez appris de lui qu'il vous faut dépouiller le vieil homme qui se laisse corrompre par toutes les convoitises et les séductions, être renouvelés dans votre esprit et dans votre intelligence, et vous revêtir du nouvel homme créé à l'image de Dieu, suivant la justice et la sainteté véritables.

XLV

  Renoncez à tout ce qui est malice, fraude, dissimulation, envie ou médisance. Désirez avec ardeur, comme des enfants nouvellement nés, le lait spirituel et pur, afin que vous croissiez par son moyen.

XLVI

  C'est celui qui sent vivement son infériorité et son indignité qui est apte à percevoir les plus grands mystères.

XLVII

  Pensez ou dites en ce moment des choses qui sont trop belles pour être vraies en vous; elles seront vraies demain si vous avez tâché de les penser ou de les dire ce soir. Tâchons d'être plus beaux que nous-mêmes; nous ne dépasserons pas notre âme.

XLVIII

  La vraie connaissance doit Passer maintes fois par lefeu avant d'être fixée.

XLIX

  Pour que Dieu entre dans une âme, il faut que tout en sorte et qu'il y soit seul.

L

  Notre ennemi le plus terrible est en nous-même.

LI

  Tout repose sur notre volonté. Est-elle ferme ? Dieu aussi est ferme, et lui donne ce qu'elle désire dans la rectitude.

LII

  Le diable ne peut pas remurer un grain de poussière quand l'homme ne l'y aide pas.

LIIII

  Toute volonté propre est un diable qui combat contre Dieu.

LIV

  Le combat spirituel est indispensable : il faut l'expérimenter.

LV

  Les régénérés gagnent leur pain spirituel à la sueur de leur âme.

LVI

  Il faut nous préparer au combat, ne pas nous donner un jour de repos et accepter ce que Dieu nous envoie. Alors nous pourrons jouir du bonheur que Dieu nous donnera et devenir riches ou pauvres, sans nous en affecter.

LVII

  Un fort est souvent renversé plutôt qu'un faible parce que ce dernier s'abandonne à Dieu.

LVIII

  Aucun homme ne peut concevoir quel travail c'est que de demeurer fidèle jusqu'à la fin dans la foi, l'amour et l'espérance.

LIX

  Plus nous supportons d'épreuves, plus vite nous avançons vers la délivrance.

LX

  Quelque chose t'est arrivé ? C'est bien. Tout ce qui t'arrive t'était destiné dès l'origine par les lois du Tout.

LXI

  C'est du bourgeon du renoncement à soi-même que jaillit le doux fruit de la délivrance finale.

LXII

  Tout acte nécessaire s'accomplit en disant : « Il faut le faire »; et si l'auteur a supprimé le désir et abandonné le fruit de ses oeuvres, c'est l'essence même de l'abnégation.

LXIII

  De même que, dans le monde temporel, le renoncement aux désirs amène la paix profonde, de même dans le monde spirituel, le renoncement à soimême amène l'union en Dieu.

LXIV

  Pour mettre fin aux atteintes du mal et de la souffrance, il n'y a pas d'autre moyen que de les supporter.

LXV

  Où pourra-t-on trouver un homme qui veuille servir Dieu sans espoir d'un avantage personnel ? Un homme arrivé à ce degré d'évolution spirituelle, détaché de toutes choses, est bien rare. Qui trouvera le vrai pauvre spirituel, dépouillé de tout désir créaturel ? Combien éloigné du but le plus lointain n'est pas le prix qu'il se propose ! Si un homme donne tout son être, il n'est rien encore. S'il accomplit la plus rigoureuse pénitence, il est encore bien petit. S'il assimile toute la science, il est encore loin du but. S'il acquiert une grande vertu et une ardente piété, il lui manque encore beaucoup. Il lui manque surtout ce qui lui est le plus nécessaire. Qu'est-ce donc ? Qu'ayant renoncé à toutes choses, il renonce à lui-même ; qu'il sorte entièrement de son, moi ; qu'il ne garde plus aucun lien d'amour avec sa personnalité.

LXVI

  Celui-là ira vers Dieu, qui dans l'oeuvre pense à Dieu.

LXVII

  Plus l'homme s'éloigne des consolations terrestres et plus il s'approche de Dieu. Plus l'homme descend en lui-même et plus il se sent petit, plus il s'élève vers Dieu.

LXVIII

  Descendre dans sa conscience, c'est comparaître devant Dieu.

LXIX

  Seul l'homme intérieur reçoit les influences de Dieu, et son union avec la personne physique échappe à la compréhension.

LXX

    Il y a dans la vie morale de l'homme des instants où il se sent ravi, hors de lui-même et transporté jusqu'à Dieu.

LXXI

  L'homme qui ne néglige aucun effort pour se placer au rang des meilleurs est comme un prêtre, un ministre de Dieu, un ami de Celui qui habite en lui.

LXXII

  Ceux qui, dans ce qui est l'Essence, voient l'Essence, et dans ce qui n'est pas l'Essence, ne voient pas l'Essence, là s'abandonnent à de légitimes aspirations et atteignent à l'Essence.

LXXIII

  La Vérité absolue n'existe pas pour l'homme des sens. Elle n'existe que pour l'homme intérieur et spirituel qui possède un sens intérieur pour percevoir la vérité du monde transcendantal, un sens spirituel qui perçoit les objets spirituels aussi naturellement en objectivité que le sens extérieur perçoit les objets extérieurs.

LXXIV

  Si un homme aime Dieu, il est connu de Dieu.

LXXV

  L'homme qui se complaît dans la connaissance et dans la science, le coeur en haut, les sens vaincus, tenant pour égaux le caillou, la motte de terre et l'or, est Uni spirituellement.

LXXVI

  Celui qui voit tous les Etres dans l'Ame suprême et l'Ame suprême dans tous les Etres, celui-là n'aura de mépris pour rien.

LXXVII

  L'Union divine n'est ni pour qui mange trop, ni pour qui ne mange rien; elle n'est ni pour qui dort longtemps, ni pour qui veille toujours. L'Union sainte, qui ôte tous les maux, est pour celui qui mange avec mesure, se recrée avec mesure, agit, dort et veille avec mesure.

LXXVIII

  Il est possible d'être un homme divin et de n'être connu de personne.

LXXIX

  La communauté intérieure de la lumière est la réunion de tous ceux qui sont capables de recevoir la lumière, et des élus. Le dépôt primitif de toutes les forces et de toutes les vérités a été confié de tous temps à cette communauté de la lumière. Elle seule, comme dit saint Paul, était dans la possession de la science des saints. Par elle les agents de Dieu furent formés dans chaque époque, lesquels passèrent de l'intérieur dans l'extérieur et communiquèrent l'esprit et la vie à la lettre morte. La prudence du monde épie en vain cet intérieur; en vain la malice cherche à pénétrer les grands mystères qui y sont cachés : tout est hiéroglyphe pour celui qui n'est pas mûr; il ne peut rien voir, rien lire dans l'intérieur. Celui qui est mûr, s'ajoute à la chaîne, peut-être là souvent où il le croyait le moins, et souvent où il n'en sait rien lui-même.

LXXX

  Plus un homme fait régner en lui l'unité et la simplicité, plus nombreuses et plus élevées sont les vérités qu'il peut comprendre, sans aucun travail, parce qu'il reçoit de plus haut la lumière intellectuelle.

LXXXI

  Celui qui s'est perfectionné par l'Union mystique, avec le temps trouve la science en lui-même.

LXXXII

  Le véritable enfant de Dieu connaît tout sans étude et peut tout sans entraînement.

LXXXIII

  La vertu éclatante et supérieure conduit à la Voie. La Voie donne l'abondance de toutes choses.

LXXXIV

  A l'un la parole de sagesse est donnée par l'Esprit; à l'autre la parole de science est donnée par ce même Esprit. Un autre reçoit la foi de ce même Esprit; un autre reçoit de ce même Esprit le don de guérir les malades. Un autre, les opérations des miracles; un autre, la prophétie; un autre, le discernement des esprits; un autre, le don des langues; un autre, le don d'interpréter les langues. Mais c'est un seul et même Esprit qui opère toutes ces choses, les distribuant à chacun comme il lui plaît.

LXXXV

  Le saint ou le parfait sage est une image modelée sur la sagesse et la perfection célestes. Il sera tout puissant, saura toutes choses, aura tout pouvoir au Ciel et sur Terre.

LXXXVI

  Notre moi tout entier, dans sa partie consciente aussi bien que dans son inconscient, ne se compose que de forces venues de la Nature; il ne peut se nourrir que d'aliments naturels et relatifs; les sciences et les pouvoirs qui en résultent sont nécessairement incomplets et mélangés d'erreurs. L'Esprit seul comporte le vrai absolu, parce qu'il ne porte aucune chaîne, du temps ni de l'espace. Celui qui a reçu le baptême de l'Esprit sait tout et tout lui est soumis.

LXXXVII

  Si ton coeur était pur, toute créature serait pour toi un miroir de la Vie universelle et un livre de la Science divine. Car il n'y a pas une créature, si petite et si vile qu'elle paraisse, qui n'incarne une partie de la perfection divine. Si ton âme était bonne et pure, tu connaîtrais et tu comprendrais toutes choses sans difficultés. Un coeur par pénètre les mystères du Ciel et de l'Enfer.

LXXXVIII

  Il n'y a dans le monde que les hommes souverainement parfaits qui puissent connaître à fond leur propre nature, la loi de leur être et les devoirs qui en dérivent. Pouvant connaître à fond leur propre nature et les devoirs qui en dérivent, ils peuvent par cela même connaître à fond la nature des autres hommes, la loi de leur être, et leur enseigner tous les devoirs qu'ils ont à observer pour accomplir le mandat du Ciel. Pouvant connaître à fond les autres hommes, la loi de leur être et leur enseigner les devoirs qu'ils ont à observer pour accomplir le mandat du Ciel, ils peuvent par cela même connaître à fond la nature des autres êtres vivants et végétants, et leur faire accomplir leur loi de vitalité selon leur propre nature. Pouvant connaître à fond la nature des êtres vivants et végétants, et leur faire accomplir leur loi de vitalité selon leur propre nature, ils peuvent par cela même, au moyen de leurs facultés intelligentes supérieures, aider le Ciel et la Terre dans la transformation et l'entretien des êtres pour qu'ils prennent leur complet développement. Pouvant aider le Ciel et la Terre dans la transformation et l'entretien des êtres, ils peuvent par cela même constituer un troisième pouvoir avec le Ciel et la Terre.

LXXXIX

  Ne t'imagine pas que tu pourras obtenir des dons et des forces spirituels si tu n'es pas résolu à les employer exclusivement au bien de ton prochain.

XC

  Il faut une grande prudence dans l'usage des dons spirituels, afin que la vanité et l'amour-propre ne ev introduisent pas.

XCI

  Si des pouvoirs te sont donnés, uses-en avec précaution, sans exagérer leur valeur et sans ignorer leurs dangers. Celui qui veut atteindre la âme rie doit pas s'arrêter à la première station de la route.

XCII

  Qui est véritablement un maître spirituel ? Celui qui, ayant pénétré l'essence des choses, a toujours en vue d'être utile aux autres êtres.

XCIII

  Le rôle des justes est de rétablir l'harmonie, la paix et le bonheur là où les méchants avaient semé la confusion, la guerre et la souffrance.

XCIV

  Soyez bons.dans les profondeurs, et vous verrez que ceux qui vous entourent deviendront bons jusqu'aux mêmes profondeurs. Rien ne répond plus infailliblement au cri secret de la bonté que le cri secret de la bonté voisine. Tandis que vous êtes bons activement dans l'invisible, tous ceux qui vous approchent feront sans le savoir des choses qu'ils ne pourraient pas faire à côté d'un autre homme.

XCV

  La fonction de l'homme est d'élever les êtres inférieurs à lui en les faisant servir à sa propre élévation dans la vie infinie.

XCVI

  A mesure que nous devenons meilleurs, nous rencontrons des hommes qui s'améliorent. Un être bon attire irrésistiblement des événements aussi bons que lui-même, et, dans une âme belle, le hasard le plus triste se transforme en beauté.

XCVII

  Le seul but raisonnable de la vie est l'avènement du règne de Dieu sur la terre, règne de paix et d'amour substitué à la discorde et à la lutte pour l'existence. Chacun peut y contribuer, et c'est dans la mesure où nous y contribuons que notre vie a véritablement du prix

XCVIII

  La poésie suprême n'a d'autre but que de tenir ouvertes les grandes routes qui mènent de ce qu'on voit à ce qu'on ne voit pas. Mais c'est aussi le but suprême de la vie, et il est bien plus facile de l'atteindre dans la vie que dans les plus nobles poèmes, m les poèmes ont dû abandonner lesdeux grandes ailes du silence.

XCIX

  Celui qui, par ignorance, se considère comme l'agent unique de ses actes, voit mal et ne comprend pas.

C

  La volonté de l'homme, comme celle de l'ange, est amour; car l'homme aime ce qu'il veut et ne veut que ce qu'il aime.

CI

  Aucun effort, même le plus petit, dans la direction bonne ou mauvaise, ne peut s'évanouir du monde des causes. Même la fumée dispersée ne reste pas sans traces.

CII

  Sois attentif à l'accomplissement des oeuvres, jamais à leurs fruits. Ne fais pas l'oeuvre pour le fruit qu'elle procure, niais ne cherche pas à éviter Foeuvre. Constant dans l'Union mystique, accomplis 1'oeuvre et chasse le désir ; sois égal aux succès et aux revers : l'Union, c'est l'égalité d'âme. Malheureux ceux qui aspirent à la récompense.

CIII

  Celui qui ayant chassé le désir, accomplit les oeuvres en vue de Dieu, n'est pas plus souillé par le péché que, par l'eau, la feuille de lotus.

CIV

  L'homme satisfait de sa fonction, quelle qu'elle soit, parvient à la perfection. Il vaut mieux remplit sa fonction, même moins relevée, que celle d'autrui, même supérieure.

CV

  Celui qui, heureux dans son coeur et content de lui trouve en lui-même sa joie, celui-là ne dédaigne aucune oeuvre. Car il ne lui importe en rien qu'une oeuvre soit faite ou ne le soit pas, et il n'attend son secours d'aucun des êtres. C'est pourquoi, toujours détaché, accomplis l'oeuvre que tu dois faire; car en la faisant avec abnégation, l'homme atteint le but suprême. Si tu considères l'ensemble des choses humaines, tu dois agir. Selon qu'agit un grand personnage, ainsi agit le reste des hommes; l'exemple qu'il donne, le peuple le suit.

CVI

  Agir consiste aussi à ne pas agir. Ainsi on n'est jamais sans agir.

CVII

  Si le matin tu as entendu la voix de la Sagesse céleste, le soir tu peux mourir.Dieu.

TROISIÈME PARTIE

I

  Pourquoi attendez-vous que le firmament s'ouvre au fracas de la foudre ? Il faut être attentif aux minutes heureuses où il s'ouvre en silence, et il s'ouvre sans cesse.

II

  La parole de Dieu se manifeste par la lumière qu'il accorde à l'homme. Dieu ne parle pas autrement.

III

  La Vérité, qui est dans le plus intérieur des Mystères, est semblable au soleil; il n'est permis qu'à l'oeil d'un aigle de la regarder. La vue de tout autre mortel est éblouie et l'obscurité l'environne dans la lumière même.

IV

  Un Dieu que l'homme comprendrait ne serait qu'un Dieu que l'homme pourrait inventer.

V

  Dire que Dieu n'est pas, ou définir ce qu'il est, c'est également blasphémer. Toute définition de Dieu risquée par l'intelligence humaine est une recette d'empirisme religieux, au moyen de laquelle la superstition, plus tard, pourra alambiquer un diable.

VI

  L'Idéal seul est la Réalité véritable; le reste n'a de l'Etre que l'apparence.

VII

  Dieu n'est pas plus dans le Ciel que sur la Terre, mais il est dans tout ce qui est, et il est Tout ce qui Est. Il est tout entier partout et il n'est contenu nulle part.

VIII

  La voie qui est unir voie n'est pas la Voie. Le nom qui a un nom n'est pas le Nom.

IX

  Ce qui n'est pas ne peut être, et Celui qui Est ne peut cesser d'être.

X

  La Vérité c'est l'Etre, l'Erreur c'est le Néant.

XI

  L'Absolu contient toutes les formes de la vie relative et revêt toutes les manières d'être des créatures.

XII

  Dieu est Amour. Celui qui reste dans l'Amour reste en Dieu.

Publicité

Publié dans Spiritualité

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article