La dynamique de l'économie
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Dans une économie en bonne santé, il n'y a pas d'échanges sans monnaie et le retour du troc ou de certains échanges utilisant comme unité de mesure d'autres instruments que la monnaie nationale est le symptôme indiscutable d'une grave maladie du corps économique tout entier. On a assisté, il n'y a pas si longtemps à un développement sans précédent du troc en Russie. Nécessité a fait force de loi dans ce pays qui a dû se débattre dans les mailles du filet de l'économie de marché. Par ailleurs, on sait l'ampleur qu'ont pris depuis quelque temps les échanges de biens et de services, hors des circuits traditionnels par de pauvres gens dans certaines régions de France, utilisant une monnaie de compte appelée le Sel.
Ainsi qu'on va le voir, la monnaie introduit dans les échanges un facteur supplémentaire qui n'existe pas dans le troc, facteur d'ordre ou de désordre selon l'usage que l'on en fait. Le crédit, par exemple, est un fantastique moteur de l'activité humaine, à condition de bien le maîtriser, ce qui n'est pas du tout le cas actuellement, car on le suspecte de mille maux s'il dépasse des limites que l'on n'est même pas capable de fixer, ce qui est un comble !
Dans une activité qui repose sur le troc, avant d'être échangé le produit doit être fabriqué. Il en est évidemment de même dans une activité qui s'appuie sur la monnaie, mais avec une différence fondamentale, c'est que la monnaie doit être avancée, c'est-à-dire prêtée pour que le travail au préalable soit exécuté. C'est précisément la raison pour laquelle le crédit accélère l'activité économique. Dans l'hypothèse où l'échange du produit fabriqué ne peut aboutir, l'effort consenti est perdu dans le cas du troc, tandis que le prix de l'effort consenti est payé et la monnaie est perdue pour celui-là même qui l'a avancée, dans l'autre cas. C'est le risque de l'entrepreneur.
L'épargne, au contraire, est un puissant ralentisseur de l'activité humaine. Dans une activité qui repose sur le troc, il n'est d'épargne que de produits non périssables nécessairement fabriqués au préalable. Dans une activité qui repose sur la monnaie, il n'en va pas de même, puisque l'on peut épargner de la monnaie sans avoir à fabriquer le produit dont on veut disposer au moment que l'on aura choisi. C'est précisément la raison pour laquelle l'épargne ralentit l'activité économique.
On entre maintenant dans le domaine de la macroéconomie et la description que l'on va donner du processus économique s'appuie sur des effets de masse, à l'origine desquels se trouvent le crédit et l'épargne dans les rôles respectifs d'accélérateur et de frein. Ce processus exposé ci-dessous obéit à la loi macroéconomique.
2.1 Le processus économique : la rotation des échanges et les rouages de l'économie
L'idée même de sphère est étroitement liée à celle de mouvement, aussi le terme de sphère réelle convient-il particulièrement bien à la double activité de production et de consommation où tout est échange et mouvement. Comme nous sommes dans un système d'échanges basé sur la monnaie, elle ne tourne pas sans obéir à un cycle d'ordre monétaire.
En effet, généralement chaque mois, des centaines de millions de salariés, dans le monde entier, perçoivent leur salaire, et chaque mois suivant ils épargnent, ils empruntent et ils consomment. Les mouvements bancaires, à cet égard, témoignent de ce rythme perpétuel de l'économie : les comptes bancaires des ménages sont régulièrement approvisionnés en fin de mois, et tout aussi régulièrement "vidés" tout au long du mois suivant, alors que simultanément les comptes des entreprises enregistrent les opérations inverses.
Dans nos pays dits riches, ces mouvements sont de plus grande amplitude à l'approche des vacances d'été et des fêtes de fin d'année, en raison des primes généralement versées à ces occasions. Et puis, comme il existe des revenus que les ménages perçoivent chaque trimestre, tels que certaines pensions de retraite, ou chaque année, tels que certains intérêts et dividendes, on peut ajouter que les volumes monétaires varient d'un mois à l'autre. Quoi qu'il en soit, c'est bien tous les mois, en fonction de nos rentrées, que nous tenons formellement ou pas notre budget familial.
Les entreprises, de leur côté, doivent disposer de rentrées régulières afin de couvrir les salaires et les charges sociales qui reviennent chaque mois aux ménages, ce qui les a conduites à pratiquer entre elles des échéances dont la fréquence est mensuelle. Les dépenses des ménages, qui sont les recettes des entreprises, sont assez régulières par rapport à leurs revenus puisque l'activité nationale est relativement stable. Certes, il y a des tendances à la hausse ou à la baisse, mais on imagine mal une activité mensuelle en dents de scie. L'Etat n'échappe pas à la règle. Quand il généralise la mensualisation des impôts dus par les ménages, c'est qu'il cherche à faire coïncider au plus près ses recettes et ses charges mensuelles de personnel.
Sachant que les ménages disposent au moment des vacances et des fêtes de fin d'année de revenus plus élevés, les entreprises se sont organisées pour fournir une demande plus forte à ces périodes-là. Monnaie qui ne manque pas de revenir en grande partie dans leurs caisses puisqu’elle est destinée à des dépenses exceptionnelles dont elles tirent leur profit.
Enfin, les entreprises empruntent ou mobilisent des crédits disponibles pour couvrir, chaque fois que cela est nécessaire, leurs impasses mensuelles de trésorerie. A part quelques entreprises individuelles, elles tiennent toutes un budget plus ou moins élaboré, instrument de bord indispensable à leur direction, dans lequel l'unité de temps est l'année divisée en mois.
Toute la vie économique s'est donc organisée autour d'échéances mensuelles. On peut en conclure que l'activité nationale tout entière bat au rythme des échanges pratiqués, dans les deux sens, entre les entreprises et les ménages, et que leur rotation obéit à une révolution d'ordre monétaire dont la durée du cycle est voisine d'un mois.
Pour ce qui est de l'étranger, partant de l'hypothèse qu'il obéit au même processus, on peut considérer que les relations d'échanges sont avec lui soumises au même rythme monétaire, dans un sens à l'exportation et dans l'autre à l'importation.
Pour bien appréhender le processus économique, on va le décomposer en autant de rouages essentiels que nécessaires et différer dans un premier temps l'examen de l'impact que peuvent y exercer les échanges extérieurs. Le raisonnement portera donc en premier lieu sur les deux grandeurs que sont la consommation et l’investissement.
Tout d’abord, il semble utile de rappeler quelques notions de base dans le traitement des comptes conduisant à la détermination du PIB, et d'en tirer certaines conséquences en matière financière. On a vu que les échanges entre entreprises portant sur des produits destinés à la consommation des ménages qui se situent à un stade intermédiaire de leur fabrication ou de leur vente sont éliminés du PIB. S'il n'en était pas ainsi, ils feraient double emploi ; on l’a vu, ce sont les consommations intermédiaires. Ce qui vaut pour ces échanges vaut aussi pour leur financement.
D'un bout à l'autre de la chaîne de fabrication et de la vente, le financement des produits destinés à la consommation des ménages se trouve réparti entre les entreprises. On sait que cette répartition est plus ou moins équitable, comme en témoigne l'exemple des grandes surfaces qui, bénéficiant de règlements au comptant de la part des consommateurs, profitent de la circonstance pour faire des profits de trésorerie sur le dos de leurs fournisseurs.
Dans les relations d'échanges entre les entreprises et les ménages, les échanges financiers interentreprises qui leur correspondent seront ici éliminés comme il en est des consommations intermédiaires. Dans les flux monétaires que l'on va examiner, ils seront éliminés étant précisé qu'ils se compensent.
Pour démarrer l'activité de production, ou ce qui revient au même pour la développer, les entreprises doivent faire l'avance des fonds nécessaires qui vont servir à payer les différentes rémunérations qui reviennent aux ménages pour avoir exercé leur fonction de production (en produits de consommation ou dans l'outil de fabrication). Il faut bien alimenter la pompe, c'est l'objet de l'ensemble des fonds de roulement et de ceux destinés à l'investissement de production.
Le processus ne peut donc être ni enclenché, ni développé, sans faire appel à la création monétaire, puisque les circuits ne peuvent pas fonctionner sans être alimentés en monnaie.
On a donc affaire à un premier flux monétaire des entreprises vers les ménages, qui intervient en règle générale dans les derniers jours du mois.
Les ménages ayant perçu leurs revenus peuvent alors accomplir leur fonction de consommation dans les limites de leur pouvoir d'achat, naturellement. Ils partagent alors leurs revenus, augmentés des emprunts qu'ils ont pu obtenir (sous déduction des remboursements pour être précis), entre épargne et consommation, celle-ci pouvant être collective (imposée) ou individuelle (libre). Rappelons que les biens d'équipement, les voitures et logements neufs font partie de la consommation. On a donc ainsi affaire à un flux monétaire, de sens inverse au premier, des ménages vers les entreprises, ce flux intervenant tout au long du mois suivant.
Se pose alors une question fondamentale sur le fonctionnement de l'activité économique : lorsque les ménages reçoivent de l'activité de production, au terme de chaque période, une quantité donnée de monnaie, comment peuvent-ils remettre au cours de chaque période suivante, une quantité de monnaie réduite (donc diminuée de l'épargne) dans le processus de production, sans entraîner le ralentissement de celui-ci ?
La réponse à cette question entrouvre la voie de la connaissance et de la maîtrise des phénomènes économiques.
Supposons que l'activité de production est exclusivement faite de produits de consommation et que les revenus qu'elle génère reviennent intégralement aux ménages. Dans cette hypothèse, les flux monétaires montants des ménages vers les entreprises devenant à chaque rotation inférieurs, du fait de l'épargne, aux flux descendants que les ménages reçoivent des entreprises, l'activité ne peut manquer de ralentir.
Il est clair que dans ces conditions la production de biens de consommation est incapable à elle seule d'alimenter les revenus nécessaires à la fois à l'épargne et à la consommation. On en déduit que l'épargne est le frein le plus puissant du processus économique, tout autant que le crédit en est l'accélérateur puisqu'il a la propriété de la réduire.
C'est donc la fraction non consommée du revenu des ménages (leur épargne), diminuée des crédits nets obtenus (leurs nouveaux emprunts sous déduction du remboursement des anciens emprunts), que l'on appellera l'épargne nette des ménages, qui produit si elle est positive (cas général) un effet de frein sur l'allure de marche de l'activité nationale.
L'épargne nette des ménages est le premier de trois ensembles de rouages qui gouvernent tout le processus économique. Voyons maintenant le second.
Mais, nous savons que l'activité de production (hors échanges extérieurs) est faite aussi de biens d'investissement, à l'usage exclusif des entreprises, rappelons-le, et donc entièrement financés par elles. On va donc se trouver en présence d'un flux monétaire des ménages vers les entreprises, destiné à l'acquisition des biens et services de consommation, doublé d'un second flux monétaire de même sens, mais celui-ci interentreprises, destiné à l'achat de biens d'investissement. Peu importe pour l'instant de connaître l'origine du financement.
Supposons à nouveau que les revenus générés par la production tout entière, celle-ci comprenant maintenant les produits de consommation et d'investissement, reviennent intégralement aux ménages. Dans cette nouvelle hypothèse, les variations constatées à chaque rotation entre les flux descendants et montants des entreprises vers les ménages et inversement, du fait de l'épargne nette de ces derniers, vont être couvertes ou non par l'investissement des entreprises.
Dans ces conditions, l'allure de marche de l'activité de production va être commandée par le rapport existant entre les deux masses macroéconomiques que sont l'épargne nette des ménages et l'investissement des entreprises. Ainsi, peut-on avancer que l'activité économique tendra à la hausse si l'investissement des entreprises d'une période est supérieur à l'épargne nette des ménages de la même période, et à la baisse dans le cas inverse. On peut dire qu'ici, l'investissement des entreprises occupe plus ou moins la place laissée vacante par l'épargne nette des ménages dans le processus de rotation des échanges.
Complétons notre dispositif pour retrouver à présent les véritables conditions du fonctionnement de l'activité nationale (toujours, hors échanges extérieurs). Il faut pour cela, lever la dernière hypothèse réservant aux ménages l'intégralité des revenus générés par la production, puisque l'on sait que le revenu national est partagé avec les entreprises.
On a vu que les ménages financent leurs produits de consommation à l'aide de leurs revenus et des crédits qu'ils peuvent obtenir, tout en réservant une place conséquente à l'épargne. Les entreprises font de même pour financer leurs investissements à la différence près, qu'en ce qui les concerne, elles doivent recourir à l'emprunt de manière substantielle, leur revenu étant généralement insuffisant.
Dans ces conditions, ce n'est plus l'investissement qui s'oppose à l'épargne nette des ménages mais bien son financement par les entreprises. Ce sont donc leurs emprunts nets (variations) diminués de la fraction non investie de leur revenu, ce que l'on appellera l'endettement net des entreprises qui produit un effet d'accélérateur s'il est positif (cas général) sur l'allure de marche de l'activité économique.
Celle-ci est alors commandée par le rapport existant entre les deux masses macro-monétaires que sont l'épargne nette des ménages et l'endettement net des entreprises, combinant leurs effets de frein et d'accélérateur. Il en résulte que l'activité nationale tend à la hausse si l'endettement net des entreprises est supérieur à l'épargne nette des ménages et à la baisse dans le cas inverse.
L'endettement net des entreprises est le second des trois ensembles de rouages qui gouvernent tout le processus économique. Voyons à présent le troisième et dernier ensemble.
Pour être tout à fait complet, il ne manque plus dans notre système économique que les échanges avec l'étranger, c'est-à-dire en fait leur solde, ou balance commerciale, qui est égal aux exportations diminuées des importations. On n'entrera pas ici dans la complexité du financement de ce solde qui procède de concours nationaux et étrangers ; c'est inutile puisque l'étranger, appelé aussi "reste du monde" par les comptables nationaux, ne participe pas au revenu national.
Ce solde ou différence agit à la hausse ou à la baisse sur l'allure de marche de l'activité nationale, selon qu'il traduit un excédent ou un déficit commercial. Précisons aussi qu'un excédent commercial correspond à un prêt net consenti par le pays au reste du monde, tandis qu'un déficit correspond inversement à un emprunt net obtenu par le pays auprès du reste du monde.
Ainsi donc, si l'étranger ou reste du monde est en position d'emprunteur net, c'est que le pays dispose d'une balance excédentaire. Celle-ci s'ajoute alors à l'endettement net des entreprises. Si, à l'inverse, l'étranger est en position de prêteur net, c'est que le pays accuse une balance déficitaire. Celle-ci se déduit alors de l'endettement net des entreprises. Dans le premier cas, elle s'oppose à l'épargne des ménages et joue le rôle de l'accélérateur, tandis que dans le second au contraire, allant dans le même sens, elle joue le rôle du frein.
Le solde monétaire des échanges extérieurs est le dernier des trois ensembles de rouages qui gouvernent tout le processus économique.
La description que l'on vient de donner du processus repose, on l'a vu, sur une rotation mensuelle des échanges. Mais, ce qui est vrai pour une rotation mensuelle, l'est aussi pour des rotations trimestrielles ou annuelles à la condition que les périodes considérées soient successives et de même durée puisqu'il s'agit dans tous les cas de passer d'une activité économique à une autre.
On vient de voir rapidement comment les facteurs monétaires, qui sont des grandeurs économiques, agissent sur l'activité de production. La sphère réelle tourne donc au gré des flux monétaires qui l'animent.
On peut résumer ce qui vient d'être exposé comme suit :
Partant d'une production nationale déterminée ou du revenu national correspondant, si l'on ajoute l'endettement net des entreprises et le solde monétaire des échanges extérieurs, d'une part, et si l'on retranche l'épargne nette des ménages, d'autre part, on aura très exactement la production nationale ou le revenu national de la période suivante (en monnaie courante).
Rien de tel qu’un exemple pour bien illustrer le propos.
Partant d'une production donnée pour la période t0, le modèle ci-après montre l'enchaînement avec les deux périodes suivantes t1 et t2. Il montre également comment les grandeurs monétaires conduisent l'activité de production successivement à la baisse en t1 et à la hausse en t2.
Période t0
Période t1
La répartition du produit national, sous forme de revenu, entre les entreprises et les ménages est aléatoire. Elle résulte des conflits d’intérêts entre les agents économiques. Mais, le niveau de la production découle directement de l’application de la loi macroéconomique.
Période t2
L'exemple montre bien que l'évolution du Produit national d'une période à l'autre est déterminée par le rapport existant entre les deux grandeurs macro-monétaires que sont l'épargne et le crédit; il est en baisse ou en hausse selon que l'épargne est plus grande (t1) ou moins grande (t2) que le recours au crédit. Il montre également que l'épargne nette des ménages entraîne l'activité à la baisse si elle est supérieure à la somme de l'endettement net des entreprises et de la balance des échanges avec l'étranger, comme en t1, et l'entraîne à la hausse si elle est inférieure, comme en t2.
Le lecteur trouvera par ailleurs la simulation d’une activité nationale simplifiée et de son financement reprenant et développant le modèle examiné ci-dessus.
Ainsi, se trouve démontré le fait essentiel que l'épargne en général, et celle des ménages en particulier, produit un effet de frein sur l'appareil de production, tandis que le recours au crédit produit l'effet inverse, celui d'accélérateur. Le régime de marche de l'activité nationale, c'est-à-dire le produit national qui en est la mesure dans le temps, est donc déterminé par l'influence de ces deux facteurs monétaires de courants contraires. Il n'y a pas d'activité de production sans financement, et l'absence de direction les rend aléatoires tous les deux.
Les instituts de statistiques se bornent à mesurer des productions nationales successives sans expliquer comment l'on peut passer de l'une à l'autre. Voici, rapidement exposée, la loi macroéconomique qui démontre en substance que dans le mouvement qu'imprime la monnaie à la sphère réelle, l'activité est en hausse si le crédit est supérieur à l'épargne (tous agents confondus), et en baisse dans le cas inverse.
Né de l'observation des événements, l'adage populaire bien connu "quand le bâtiment va, tout va", illustre l'influence du crédit sur le processus économique. Comme cette activité dépend plus qu'une autre du recours au crédit, on y trouve la confirmation de l'adage.
Ainsi, l'activité économique nationale se trouve de facto financée. Elle fonctionne à peu près comme le moteur d'un engin mécanique. Elle tourne plus ou moins vite selon qu'elle est alimentée plus ou moins en carburant, c'est-à-dire en monnaie. Ainsi s'expliquent les variations d'un mois, d'un trimestre, ou d'une année à l'autre.
En l'absence de pilote, le financement de l'économie n'étant ni organisé ni dirigé, celle-ci est livrée aux aléas de la conjoncture, c'est-à-dire à l'anarchie des marchés, et les efforts faits par les gouvernants pour la maîtriser sont vains car le plus souvent contre-indiqués, en raison même des concepts monétaires totalement faux dont ils sont imprégnés.
Avant d'aborder l'incidence de l'inflation sur l'activité de production, il convient d'abord de savoir de quoi l'on parle, car en employant le même terme pour désigner la cause, c'est-à-dire l'inflation monétaire, et ses effets supposés, c'est-à-dire l'inflation des prix, on entretient naturellement la confusion.
En simplifiant, la théorie nous enseigne qu'une émission trop grande de monnaie a pour conséquence une hausse générale tout aussi grande des prix, mais on limitera pour l'instant notre propos à l'inflation ou hausse des prix, qui résulte d'une action parfaitement matérielle et non théorique (celle-là) de la part des entreprises: c'est-à-dire de la modification des étiquettes, des pancartes ou des tarifs. Il s'agit là pour elles de l'une des deux voies qui conduisent au profit, sans doute la plus directe, la seconde étant la réduction des coûts.
Soit dit en passant, l'Etat opère de même quand il relève les taux et l'assiette de l'impôt, nourrissant ainsi l'inflation bien qu'une bonne part des hausses qu'il impose échappent à l'indice des prix. Fort de son autorité et ignorant la concurrence, au contraire des entreprises privées, il lui est plus facile d'agir sur l’assiette et les taux d’imposition que sur les coûts de son fonctionnement, l'expérience française le démontre amplement.
L'érosion monétaire ou inflation des prix est sans incidence sur le déroulement du processus que l'on vient de décrire. On est passé d'une activité de production à l'autre par simple addition du crédit et soustraction de l'épargne, c'est-à-dire dans la même unité monétaire. On dit alors que les deux activités sont données en monnaie courante.
Mais, comme d'une période à l'autre, les prix des produits fabriqués et des services rendus ont changé, la mesure de la croissance ne peut résulter que de la comparaison de deux activités en volume ou données en monnaie constante.
On aura alors par différence des deux activités, en produit national la croissance et l'inflation, comme on aura en revenu national un écart de pouvoir d'achat et l'inflation, puisque le produit national est égal au revenu national. Ce qui veut dire en définitive que la croissance est aussi égale à un écart de pouvoir d'achat.
Reprenons à présent notre processus économique, mais débarrassé cette fois-ci de l'inflation des prix.
On vient de voir que le produit national inflation éliminée est un produit national en volume, et que le revenu national inflation éliminée est un revenu à pouvoir d'achat constant. Comme les grandeurs monétaires définissent produit national et revenu national en monnaie courante, on peut avancer que les grandeurs monétaires, érosion éliminée c'est-à-dire en valeurs constantes, définiront produit national en volume et revenu national à pouvoir d'achat constant.
Ce qui est intéressant maintenant dans notre démarche, c'est que l'on peut démontrer dans quelles conditions une économie est en voie d'expansion ou de récession.
Le verbe "déflater" veut dire éliminer d'un élément, d'un prix en général, les effets de l'inflation. On va utiliser ce terme technique en usage dans les instituts de statistiques dans une application peu courante : la monnaie. Ainsi, on parlera de monnaie "déflatée" comme s'il s'agissait d'une monnaie en valeur constante, c'est-à-dire son érosion due aux variations de prix éliminée.
On peut dire à présent que l'épargne nette déflatée des ménages entraîne la croissance de l'activité de production à la baisse (croissance négative) par ses effets de frein, tandis qu'au contraire l'endettement net déflaté des entreprises agit à la hausse (croissance positive) par ses effets d'accélérateur, alors que dans le même temps la balance monétaire déflatée des échanges extérieurs produit un effet positif ou négatif sur la croissance selon qu'elle est bénéficiaire ou déficitaire.
On aura donc une activité en expansion si l'endettement net déflaté des entreprises (augmenté ou diminué du solde monétaire déflaté des échanges extérieurs selon le sens) est supérieur à l'épargne nette déflatée des ménages, et elle sera en récession dans le cas contraire.
Dans ces conditions, la croissance négative résultant d'un excédent d'épargne des ménages sur l'endettement des entreprises se traduit par une perte globale du pouvoir d'achat national, alors qu'inversement la croissance positive résultant d'un excédent d'endettement des entreprises sur l'épargne des ménages se traduit par un gain global du pouvoir d'achat national. En ce qui le concerne, le solde monétaire des échanges extérieurs produit une perte globale du pouvoir d'achat national s'il est déficitaire et un gain global du pouvoir d'achat national s'il est bénéficiaire, aussi a-t-il sur l'économie des effets beaucoup plus importants que ceux qu'on lui attribue généralement.
C'est ainsi donc que les trois ensembles de rouages monétaires à présent déflatés commandent l'expansion ou la récession économique d'un pays.
De cette analyse du processus économique, il apparaît que la croissance dépend en premier lieu de l'abondance monétaire au sein de la sphère réelle, et ensuite de la maîtrise de ses effets sur les prix. C'est pourquoi, la première et la plus importante des missions qui incombe à tout gouvernement dans la conduite d'un pays, est la gestion monétaire accompagnée d'une politique nouvelle visant à maîtriser l'inflation des prix en infléchissant les comportements des agents économiques qui sont à l'origine des variations de prix.
On peut dire alors que la croissance d'une économie peut se décréter.
Que ce soit en monnaie courante ou en monnaie déflatée, celle-ci n'allant pas sans celle-là, l'épargne des ménages joue donc un rôle considérable dans la marche de l'économie par ses effets de frein, autant sinon plus que l'endettement des entreprises qui exerce tant bien que mal son rôle de contrepoids par ses effets d'accélérateur.
Supposant à tort qu'elle sert au financement de l'investissement et s'appuyant notamment sur le modèle nippon, certains économistes en ont conclu que l'épargne est facteur de croissance. Ils font là une erreur de raisonnement en prenant la cause pour ses effets, car bien au contraire, on vient de le voir, c'est l'investissement (ou plus précisément son financement) qui nourrit l'épargne. C'est lui aussi qui alimente, s'il est plus fort, la croissance et sa contrepartie le pouvoir d'achat, lequel à son tour augmente la capacité à épargner et à consommer.
Ce sont là les mécanismes de l'expansion que l'on va démonter plus bas. Toutefois, dans la combinaison de leurs effets opposés, la croissance positive peut être due soit à une augmentation de l'endettement pour une même épargne, soit à un abaissement de celle-ci pour un même niveau de celui-là.
Enfin, on néglige les conséquences macroéconomiques et macro-financières de toute balance commerciale avec l'étranger. Un excédent extérieur apporte au pays un supplément de pouvoir d'achat acquis sur l'étranger, tandis qu'au contraire un déficit extérieur est une fraction du pouvoir d'achat national qui file à l'étranger. La symétrie ayant force de loi en la matière, les pays qui disposent d'excédents en tirent avantage au détriment de celui ou de ceux qui en payent nécessairement le prix.
Les échanges extérieurs participent pour leur part au financement de l'économie, c'est pourquoi un pays en déficit extérieur chronique est vite rattrapé par le poids de sa dette vis-à-vis de l'étranger, à l'exception notable des Etats-Unis qui pratiquent tous leurs échanges dans leur propre monnaie. Mais comme les autres, ils doivent compenser à l'intérieur la fuite de pouvoir d'achat que leur déséquilibre commercial produit vers l'extérieur.
Cet aspect particulièrement important du commerce international est totalement ignoré. Il est masqué par une pensée politique et économique exclusivement consacrée au libre-échange et à la mondialisation. La guerre économique à laquelle se livrent de plus en plus tous les pays du monde est un facteur supplémentaire de désordres de leur économie, puisqu'elle ne peut avoir pour conséquence d'équilibrer leurs échanges.
Vaincre est l'objet même de la guerre, alors que l'équilibre ne peut être obtenu que par des accords bi ou multilatéraux, c'est-à-dire dans la paix. Comme en définitive, ce sont les vainqueurs qui doivent faire l'avance des fonds aux vaincus, à leurs risques et périls, peut-être réussirons-nous à comprendre l'inanité de cette guerre.
2.2 Les mécanismes de l'expansion et de la récession
Comme on l'a vu plus haut, la sphère réelle bat au rythme de ses échanges propres et suit le mouvement que lui impriment les grandeurs ou flux monétaires que sont:
- l'épargne nette des ménages, faite de leur épargne diminuée du crédit net à la consommation, flux généralement positif produisant un effet de frein, - l'endettement net des entreprises, composé du crédit net à la production diminué de leur épargne, flux généralement positif produisant un effet d'accélération, - le solde monétaire des échanges extérieurs, flux positif ou négatif, selon qu'il traduit une balance excédentaire ou déficitaire, produisant un effet d'accélération ou de frein.
Par leur sens et leur volume (quantité de monnaie) propres, ces grandeurs vont donner à la sphère réelle son mouvement et entraîner l'activité de production à la hausse ou à la baisse, c'est-à-dire vers l'expansion ou la récession, d'une manière purement mécanique, selon que la quantité de monnaie déflatée, dont elles sont les vecteurs, sera de plus en plus ou de moins en moins forte, d'une période à l'autre.
Dans l'ordre d'entrée en scène, on a vu que le premier vecteur responsable du ralentissement de l'appareil de production est l'épargne nette des ménages; c'est donc par-là que l'on va commencer.
Si l'on veut bien mettre de côté quelques instants les échanges extérieurs, on peut dire que les ménages du fait de leur épargne remettent dans le circuit de la production (par leurs achats de consommation), une quantité de monnaie inférieure à celle qu'ils en ont tirée, créant ainsi un déséquilibre au sein de la sphère réelle. Pour que l'équilibre soit rétabli et qu'un ralentissement chronique de l'activité de production soit évité, il faut que dans le même temps les entreprises remettent dans le circuit de la production (par leurs achats d'investissements) une quantité de monnaie au moins égale à celle manquante du fait de l'épargne des ménages, sinon supérieure pour obtenir une accélération de la production nationale.
C'est donc la production d'investissements qui entraîne l'activité à la hausse, même si elle est appuyée par un redressement de la consommation dû par exemple à un recours plus large des ménages au crédit, abaissant ainsi le niveau de leur épargne nette. Mais les entreprises n'investissent et donc n'empruntent que si les perspectives de profits, c'est-à-dire de consommation des ménages finalement, sont bonnes.
L'expansion est donc obtenue par un accroissement significatif de la production d'investissements, correspondant à un surcroît d'endettement des entreprises, essentiellement basé sur les perspectives de consommation des ménages.
Plus celles-ci sont bonnes, plus les entreprises investissent, plus l'effet s'amplifie, plus les effets contraires de l'épargne s'atténuent et tendent à disparaître, et plus le pouvoir d'achat des ménages s'accroît. Plus le pouvoir d'achat des ménages s'élève, plus le recours au crédit est facilité, plus la demande est forte et plus les entrepreneurs sont incités à investir.
Dans le même temps, le taux d'épargne des ménages a tendance à augmenter. Il alimente déjà les germes de la tendance inverse. C'est la phase d'expansion ou de croissance économique. L'expansion engendre l'expansion, jusqu'à produire la spirale expansionniste. La quantité de monnaie entrant dans la sphère réelle est de plus en plus grande. Cette quantité de monnaie supplémentaire, une fois déflatée, traduit très précisément le supplément de pouvoir d'achat dont bénéficie la population dans son ensemble (ménages et entreprises confondus). Elle est égale à un excédent de l'emprunt sur l'épargne, soit nécessairement à une création nette de monnaie déflatée.
La France et le Japon, par exemple, ont connu de longs cycles d'expansion que l'on a appelés les trente glorieuses pour notre pays, ce qui s'applique tout autant à l'empire du Soleil Levant où la croissance a été plus forte et d'une durée plus longue. Par, ailleurs et plus récemment, les tigres asiatiques ont bénéficié d'un cycle d'expansion d'une dizaine d'années avant que ne survienne le krach monétaire qui l'a stoppé. Dans la plupart des cas, on trouve un important développement de l'immobilier (qu'il s'agisse de reconstruction, de construction de cités nouvelles ou autres) et de techniques nouvelles pour le pays, toutes activités à fort recours à l'emprunt.
Les Etats-Unis orientés plutôt vers la consommation, avec un taux d'épargne parmi les plus bas, n'ont pas connu de très longs cycles d'expansion parce qu'ils n'ont pas engendré la spirale expansionniste due à des investissements "sur-dimensionnés", pourrait-on dire. La part de l'investissement dans leur produit national (PIB) figure parmi les plus faibles, ce qui constitue semble-t-il à la fois un avantage et un inconvénient : un avantage car le pays retrouve la croissance plus facilement que d'autres, et un inconvénient car il la perd peut-être plus vite qu'ailleurs, ses besoins en investissement étant moins élevés. Ce qui expliquerait le fait que les cycles d'expansion et de récession ou de stagnation sont plus courts dans ce pays. Toutefois, depuis 1992, les Américains connaissent une croissance d'une durée tout aussi exceptionnelle que l'est le niveau de leur investissement. Faiblesse de l'épargne des ménages et fort recours à l'emprunt des entreprises pour investir expliquent le phénomène américain actuel.
L'expansion trouve ses limites dès lors que la demande s'essouffle, c'est-à-dire quand les besoins des ménages sont comblés, ou bien quand les frontières que leur impose leur pouvoir d'achat sont atteintes, et en tout cas dès que le taux d'épargne nette des ménages s'élève plus vite que le taux d'endettement net des entreprises. La demande ne progresse plus, l'investissement faiblit. La quantité de monnaie entrant dans la sphère réelle tend à être de moins en moins forte. Le revenu des entreprises et celui des ménages tendent à diminuer.
C'est le moment pour l'Etat d'utiliser les moyens dont il dispose pour réguler l'économie : accélérer l'investissement public, favoriser le crédit à la consommation (construction de logements), et éventuellement créer ou accroître le déficit de son revenu (baisse des impôts, augmentation des dépenses).
A défaut d'intervention de sa part, le seuil de rupture de l'équilibre est atteint, la tendance s'inverse, l'épargne des ménages diminuée du crédit à la consommation n'est plus couverte par l'investissement, c'est-à-dire par l'endettement net des entreprises, et la quantité de monnaie entrant dans la sphère réelle est de moins en moins forte par rapport à celle qui en sort.
La demande faiblit, les perspectives de consommation s'assombrissent, les entreprises ralentissent le niveau de leurs investissements, et l'effet s'amplifie. Moins elles investissent, plus les effets contraires de l'épargne réapparaissent et tendent à se développer, et plus le pouvoir d'achat des ménages s'amenuise. Plus le pouvoir d'achat des ménages s'affaiblit, plus le recours au crédit devient difficile, plus la demande est faible et moins les entrepreneurs sont incités à investir. Dans le même temps, les ménages s'efforçant de maintenir leur niveau de consommation réduisent leur taux d'épargne, tant que cela leur est possible.
C'est la phase de récession, de stagnation ou de dépression économique, l'une ou l'autre n'étant qu'une question de degré. La récession engendre la récession, jusqu'à produire la spirale "récessionniste". La quantité de monnaie entrant dans la sphère réelle est de plus en plus faible. Cette quantité de monnaie manquante, une fois déflatée, traduit très précisément la perte de pouvoir d'achat de la population prise dans son ensemble. Elle est égale à un excédent de l'épargne sur l'emprunt, soit nécessairement à une destruction nette de monnaie déflatée.
La récession trouve ses limites, et la tendance s'inverse dès lors que la sphère réelle reçoit une quantité de plus en plus grande de monnaie d'une période à l'autre. On peut observer que, si l'expansion nourrit avec elle les germes du renversement de tendance, avec la montée en puissance de l'épargne, il n'en est pas de même de la récession. C'est pourquoi, le cycle ou la spirale récessionniste est naturellement si difficile à inverser. Ainsi, les effets de spirale décrits sont à l'origine des cycles de croissance ou de dépression (de durées très variables) qui ont pu être observés par les économistes.
Malheureusement, les exemples de pays qui connaissent plus ou moins la récession ne manquent pas, même si les pouvoirs publics ici ou là tentent d'en cacher les effets par des pressions exercées sur les instituts chargés de la publication des statistiques.
Certains signes ne trompent pas : la baisse du pouvoir d'achat de tout ou partie de la population, les problèmes de surendettement des ménages, la disparition inquiétante d'un nombre de plus en plus grand d'entreprises petites et moyennes, la recherche permanente d'économies sur les prix de produits de grande consommation afin d'adapter le marché à un pouvoir d'achat déclinant, et enfin la baisse du taux d'inflation signe avant-coureur de la dépression économique.
Tous ces symptômes ne sont que le reflet d'une forte contraction de l'économie, aggravée par une concurrence que la folie des hommes ne cesse d'encourager et de protéger.
Reprenons à présent l'activité économique avec les échanges extérieurs.
Les effets de l'expansion décrits ci-dessus sont amplifiés par une balance commerciale extérieure excédentaire. Et plus elle sera excédentaire, plus l'expansion sera forte. La quantité de monnaie entrant dans la sphère réelle s'ajoute à une quantité déjà supérieure d'une période à l'autre. Le pouvoir d'achat de la population s'accroît d'autant et même plus si la demande étrangère est assez forte pour entraîner l'investissement à la hausse.
En sens opposé, mais de la même manière, les effets de la récession sont aggravés par une balance commerciale extérieure déficitaire. Et plus elle sera déficitaire, plus la récession sera forte. La quantité de monnaie entrant dans la sphère réelle déjà insuffisante d'une période à l'autre s'en trouve encore réduite. Le pouvoir d'achat de la population décroît d'autant et même plus si la demande étrangère faiblissant conduit avec elle l'investissement à la baisse.
Cependant, les échanges extérieurs peuvent, par les effets de leurs courants monétaires contraires, infléchir une tendance interne déjà existante. Ainsi, un déficit extérieur peut arriver à freiner une activité intérieure en expansion et même la conduire à la récession. De même, un excédent extérieur peut dissimuler une activité interne en récession, et éventuellement l'entraîner à l'expansion.
Il s'ensuit donc que le solde monétaire des échanges extérieurs est un facteur d'expansion s'il est positif et traduit une fois déflaté un gain équivalent de pouvoir d'achat, tandis qu'il est un facteur de récession s'il est négatif et traduit alors une perte équivalente de pouvoir d'achat.
On voit ainsi que les échanges extérieurs ont des effets complexes sur la vie économique d'un pays, et en tant que vecteurs monétaires ils peuvent être à l'origine de graves désordres dans les économies nationales lorsqu'ils sont déséquilibrés.
On peut dire en substance que les flux monétaires véhiculés dans un sens ou dans l'autre par les grandeurs économiques commandent de manière aléatoire en l'absence de direction :
- l'allure de marche de l'activité nationale de production, c'est-à-dire la croissance ou la récession, - l'accroissement ou l'abaissement du pouvoir d'achat de la population prise dans son ensemble, - le développement et le maintien du progrès ou le déclin économique du pays.
Le niveau de l'activité économique dépend donc essentiellement de la quantité de monnaie circulant dans la sphère réelle, et non pas de la quantité de monnaie dite en circulation, de même que la maîtrise de l'économie d'un pays passe par la régulation monétaire de la sphère réelle, régulation qu'il appartient à l'Etat d'exercer.
Dans la partie réservée à la monnaie, on pourra noter que l’épargne monétaire prend deux directions : la première à destination des établissements financiers qui la font circuler et la seconde à destination du secteur bancaire où elle est stockée, gelée ou morte si l’on préfère, sans aucune utilité pour l’économie.
C’est bien pourquoi la quantité de monnaie existante qui devrait assurer le renouvellement de l’activité de production, lors de chaque rotation, exerce un effet de frein sur l’économie nationale. L’émission de monnaie par le secteur bancaire en consentant de nouveaux prêts joue évidemment le rôle de contrepoids à cette épargne morte.
Dans quelque situation que ce soit, les crises économiques résultent donc d'un excédent de l'épargne des ménages sur l'endettement des entreprises. S'il est vrai, en définitive, que l'activité est en expansion si le crédit est supérieur à l'épargne, tous agents confondus, ou en récession dans le cas contraire, il n'en reste pas moins qu'elle repose avant tout sur l'attitude des ménages dans l'accomplissement de leur fonction de consommation. Celle-ci est d'autant plus importante qu'elle commande la production de biens d'investissements, puisqu'en l'absence de perspectives de consommation les entreprises privées n'investissent pas, et par conséquent ne s'endettent pas.
Hors la consommation, il n'y a point de salut ! Il ne faut pas chercher ailleurs la persistance de toute crise économique.
Il appartient alors à l'Etat d'infléchir la tendance en se plaçant en déficit c'est-à-dire en faisant appel au crédit. Les événements récents ont prouvé que les déficits publics ne sont pas porteurs d'inflation comme le prétend la théorie : les déficits publics n'ont jamais atteint de pareils sommets et l'inflation n'a jamais été aussi faible. On comprend maintenant pourquoi l'observation des critères de Maastricht peut conduire l'Europe au désastre ou à son éclatement dès que l'un ou l'autre pays sera confronté à une dépression économique réelle. Il ne disposera plus de la liberté monétaire et de la marge de manœuvre budgétaire, toutes deux nécessaires pour le sortir du marasme.
Il n'y a donc pas d'activité de production sans consommation et comme il n'y a pas de consommation sans pouvoir d'achat, la conclusion s'impose d'elle-même : la croissance (positive), source de pouvoir d'achat, relève d'une consommation soutenue et d'investissements conséquents, ceux-ci s'appuyant sur celle-là.
Comme la croissance dépend de la quantité de monnaie injectée dans la sphère réelle par les agents économiques, l'Etat doit pratiquer la régulation monétaire, de manière à veiller à ce que le recours au crédit soit toujours supérieur à l'épargne, en usant si nécessaire de sa position d'entreprise et du poids qu'il représente dans l'activité de production pour y parvenir.
Mais comme la quantité de monnaie injectée dans la sphère réelle est affectée d'abord par la hausse des prix, il doit s'attacher à en maîtriser les effets, non pas en cherchant à limiter l'émission monétaire comme c'est le cas actuellement, car c'est incompatible avec la régulation, mais en intervenant sur les agents qui y sont à l'origine.
Pour développer la consommation, il doit veiller, en outre, à ce que la croissance ou pouvoir d'achat bénéficie en priorité aux masses les plus démunies parce qu'elles ont une capacité d'épargne moins grande que les autres. Plus on se rapproche du sommet de la pyramide, plus la capacité à épargner est grande et plus la propension à consommer est faible.
La monnaie débarrassée de l'inflation apporte la croissance et le pouvoir d'achat qui alimentent à leur tour l'appareil de production, lequel alors sollicite l'investissement nécessaire au développement des capacités indispensables, soit pour faire face à la demande, soit pour l'inciter par l'offre. La machine économique trouve alors son régime de marche et fonctionne d'autant plus que la monnaie émise et injectée dans les circuits réels est grande.
Cela étant, on pourra enfin aborder sérieusement le problème du chômage.
jean bayard
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